‹ Théâtre completChapitre 1123 sur 1720 · SCENE IV · texte numérisé non relu

SCENE IV

LISE, EUPHÉMON fils, MARTHE, JASMIN, FIER- EJNFAT, dans le fond, pendant qu'Euphémon lui tourne le dos.

FJERENFAT.

Ou quelque diable a troublé ma visière, Ou, si mon œil est toujours clair et net, Je suis... j'ai vu... je le suis... j'ai mon fait.

(En avançant vers Euphtmon.) Ali! c'est donc toi, traître, impudent, faussaire!

EUPHÉMON fils, en colère.

Je...

JASMIN, se mettant entre eux.

C'est, monsieur, une importante affaire Qui se traitait, et que vous dérangez; Ce sont deux cœurs en peu de temps changés; C'est du respect, de la reconnaissance, De la vertu... Je m'y perds, quand j'y pense .

FIERENFAT.

De la vertu? Quoi ! lui baiser la main ! De la vertu? scélérat!

EUPHÉMON FILS.

Ah! Jasmin, Que, si j'osais...

FIERENFAT.

Non, tout ceci m'assomme :

Si c'eût été du moins un gentilhomme!

Mais un valet, un gueux contre lequel, En intentant un procès criminel, C'est de l'argent que je perdrai peut-être!

lise , à Euphémon.

Contraignez-vous, si vous m'aimez.

FIERENFAT.

Ah! traître!

Je te ferai pendre ici, sur ma foi!

(A Marthe.) Tu ris, coquine?

MARTHE

Oui, monsieur.

FIERENFAT.

Et pourquoi ? ' De quoi ris-tu?

MARTHE

Mais, monsieur, de la chose...

FIERENFAT.

Tu ne sais pas à quoi ceci t'expose, Ma bonne amie, et ce qu'au nom du roi On l'ait parfois aux filles comme toi?

MARTHE

Pardonnez-moi, je le sais à merveilles.

FIERENFAT, à Lise.

Et vous semblez vous boucher les oreilles, Vous, infidèle, avecjvotre air sucré, Qui m'avez fait ce tour prématuré; De votre cœur l'inconstance est précoce : Un jour d'hymen! une heure avant la noce! Voilà, ma foi, de votre probité!

LISE

Calmez, monsieur, votre esprit irrité :

Il ne faut pas sur la simple apparence Légèrement condamner l'innocence.

FIERENFAT.

Quelle innocence !

LISE

Oui, quand vous connaîtrez Mes sentiments, vous les estimerez.

FIERENFAT.

Plaisant chemin pour avoir de l'estime!

Oh! c'en est trop.

LISE, à Euphémon.

Quel courroux vous anime?

Eh! réprimez...

EUPHÉMON FILS.

Non, je ne puis souffrir Que d'un reproche il ose vous couvrir.

FIERENFAT.

Savez-vous bien que l'on perd son douaire, Son bien, sa dot, quand...

EUPHÉMON FILS, en colère, et mettant la main sur la garde de son épèe

Savez-vous vous taire?

LISE

Eh! modérez...

EUPHÉMON FILS.

Monsieur le président, Prenez un air un peu moins imposant, Moins fier, moins haut, moins juge; car madame N'a pas l'honneur d'être encor votre femme; Elle n'est point votre maîtresse aussi.

Eh! pourquoi donc gronder de tout ceci? Vos droits sont nuls : il faut avoir su plaire Pour obtenir le droit d'être en colère. De tels appas n'étaient point faits pour vous; Il vous sied mal d'oser être jaloux.

Madame est bonne, et fait grâce à mon zèle : Imitez-la, soyez aussi bon qu'elle.

FIERENFAT, en posture de se battre. Je n'y puis plus tenir. A moi, mes gens!

EUPHÉMON FILS.

Comment?

FIERENFAT.

Allez me chercher des sergents.

LISE, à Euphémon fils.

Retirez-vous.

FIERENFAT.

Je te ferai connaître Ce que l'on doit de respect à son maître, A mon état, à ma robe.

EUPHÉMON FILS.

Observez Ce qu'à madame ici vous en devez; Et quant à moi, quoi qu'il puisse en paraître, C'est vous, monsieur, qui m'en devez, peut-être.

FIERENFAT.

Moi... moi ?

L'ENFANT PRODIGUE, ACTE IV, SCENE Vil,

EUPHÉAION FILS.

Vous... VOUS.

FIERENFAT.

Ce drôle est bien osé.

C'est quelque amant en valet déguisé.

Qui donc es-tu? réponds-moi.

EUPHÉMOX FILS.

Je l'ignore; Ma destinée est incertaine encore :

Mon sort, mon rang, mon état, mon bonheur, Mon être enfin, tout dépend de son cœur, De ses regards, de sa bonté propice.

FIERENFAT.

11 dépendra bientôt de la justice,

Je t'en réponds; va, va, je cours hâter

Tous mes recors, et vite instrumenter.

(A Lise.) Allez, perfide, et craignez ma colère ; J'amènerai vos parents, votre père; Votre innocence en son jour paraîtra, Et comme il faut on vous estimera.

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