SCÈNE I
LAURE, ZOÏLIN.
LAURE
Votre neveu, monsieur, en un mot est un fat.
ZOÏL1N.
Je le crois.
LAURE
Un méchant.
ZOÏLIN.
Pourquoi non?
LAURE
Un ingrat, lu effronté. Comment! sans honte il m'ose dire Qu'à mon cœur, à ma main, il est faux qu'il aspire, Qu'à tâter de l'hymen il n'avait point songé! A peine encore amant, me donner mon congé! Pourquoi m'amusiez-vous par ces vaines sornettes? Écoutez : c'est un traître, ou bien c'est vous qui l'ê- Le fait est net et clair. Prenez votre parti : [tes; Ou votre neveu ment, ou vous avez menti.
ZOÏL1X.
Ce n'est ni l'un ni l'autre. Écoutez-moi, la belle : Je ne garantis pas qu'il vous soit bien fidèle, Mais je vous garantis que vous seriez à lui,
Que je vous marierais, el peut-être aujourd'hui, Si...
LAURE
Si... quoi? qui l'empêche?
ZOÏLTN.
Ariston,qui s'oppose A tout ce que l'on veut, et qui de vous dispose. Ariston ne veut pas qu'on vous épouse.
LAURE
0 ciel !
Ne vouloir pas qu'on m'aime!
ZOÏLIN.
Oui, le trait est cruel.
LAURE
Ne pas permettre que...
ZOÏLIN, d'un ton railleur.
Non, il ne peut permettre Que dans vos bras charmants mon neveu s'aille met-
laure. [tre.
Le traître! Et que dit-il, monsieur, pour sa raison?
ZOÏLIN.
Des raisons! Bon, ma fille, il me parle d'un ton... Il dit de vous hier... il faisait une histoire... Un conte à faire rire, et que je ne peux croire.
LAURE
Voyons, que disait-il?
ZOÏLIN.
Eh mais, vous jugez bien :
Ce que disent les gens quand ils ne savent rien.
LAURE
Encore?...
ZOÏLIN.
Il nous faisait des contes.
LAURE
Je défie Tous vos plaisants conteurs avec leur calomnie. Ne vous parlait-il point de ce jeune commis Qui fut, à mon insu, dans mon armoire admis, Qu'on rencontra deux fois dans cette allée obscure? J'ai fait tirer au clair cette belle aventure : J'en suis très-nette.
ZOÏLIN.
Et puis, il nous disait vraiment Bien autre chose encor.
LAURE
Je sais; apparemment Il voulait vous parler d'un étourdi de page... Il est vraiment aimable, effort grand pour son âge, Mais nous ne croyons rien... Ah! n'est-ce pas aussi Ce petit écuyer, cet amoureux transi...? Attendez, m'y voilà : c'est le neveu d'Hortense. Ah ! je puis hautement braver la médisance.
ZOÏLIN.
Çà, vous voyez mon cœur et ma naïveté; Tout ce qu'on dit de vous, je vous l'ar rapporté. Votre tour est venu : c'est à vous de m'apprendre Tout ce que sur mon compte on vous a fait enten- Parlez : que pense-t-onde moi dans la maison? [dre. Expliquez-vous nûment, sans détour, sans façon.
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