L'ENVIEUX. ACTE II, SCENE II
LAURE
Volontiers : aujourd'hui, trois ou quatre personnes'
Vous drapaient joliment; qu'ils en disaient de bon-
zoïlin. [nés!
Comment? Sachons un peu...
LAURE
D'abord certain Damis Assurait que jamais vous n'aviez eu d'amis. Hélas! s'il disait vrai, que vous seriez à plaindre : Il ajoutait encor qu'il faut toujours vous craindre.
ZOÏLIN.
C'est peu de chose.
LAURE
Eh oui; mais monsieur Lisimon Vous tranchait hardiment certain mot de fripon.
ZOÏLIN.
Bagatelle. Est-ce tout?
LAURE
Non. Un certain Henrique Disait que vous n'étiez qu'un pédant satirique, Un menteur sans vergogne, un fourbe, un plat au- Jaloux de tout succès jusques à la fureur, [teur; Haï des gens de bien, des beaux esprits, des belles, a II barbouillait par an trente mauvais libelles, Si grossiers, disait-il, si sots... »
ZOÏLIN.
Ce dernier trait Me blesse, je l'avoue, et j'en suis stupéfait. Que sur mes goûts, mes mœurs, mon cœur et ma
[personne, On glose librement, tout cela se pardonne; Mais dénigrer mon style, attaquer mon esprit ! Oh! parbleu, c'en est trop ; j'en crève de dépit.
LAURE
Attendez : Libermont, qui très-peu vous honore, En ricanant beaucoup, nous ajoutait encore Qu'en un certain enclos...
ZOÏLIN, l'interrompant brusquement.
Il suffit, mon enfant; C'est assez m'éclairer, je suis plus que content. Mais à tous ces discours que répondait Hortense?
LAURE
Hortense? elle lisait, en gardant le silence. Elle hait ces propos.
ZOÏLIN.
Et monsieur Ariston?
LAURE
Il n'a pas seulement prononcé votre nom. Mais peut-être il vous hait, et de plus vous mépri-
zoïlin. [se.
Me mépriser! pourquoi?
LAURE
Ne faut-il pas qu'il dise Beaucoup de mal de \ous, puisqu'il en dit de moi? S'opposer à ma noce ! ah ! si je le revoi, Je vous le traiterai de la bonne manière.
ZOÏLIN.
Modérez-vous.
LÀÙRE.
Non! non: je saurai la première Ici le démasquer; et je veux aujourd'hui Lui prouver tous ses torts et me venger de lui.