SCÈNE II
HORTENSE, LAURE, ZOIL1N.
HORTENSE
Mon Dieu! que tout ceci me surprend et m'afflige! Que l'on cherche Ariston; courez partout, vous
lauhe. [dis-je.
Madame...
HORTENSE
Absolument je veux l'entretenir.
LAURE
Non, madame, jamais il n'osera venir.
HORTENSE
Ah! que me dis-tu là? Tu le croirais coupable?
LAURF.
Sans doute, je le crois : de tout il est Capable.
HORTENSE
Il n'est point imprudent, il connaît son devoir.
LAURE
Il a tous les défauts que l'on saurait avoir. Je lui dirai son fait vertement, je vous jure.
Ariston m'exposer à pareille aventure!
Lui, mon intime ami! non, je n'y conçois rien :
Il est trop raisonnable, et trop homme de bien.
LAURE
Il ne l'est point du tout.
HORTENSE, à Zoïlin.
Mais vous pourriez m'instruire Mieux qu'un autre, monsieur, de ce que j'entends
zoïlin. [dire.
Moi?
HORTENSE
Vous. Votre neveu perd-il le sens commun ? Que prétend donc de moi ce petit importun, En me suivant partout, en me faisant cortège, Cent fois m'affadissant de phrases de collège? Il me soutient à moi qu'il a vu, lu, tenu Un billet de ma main qu'Ariston a reçu. Enfin, si je l'en crois, mes lettres sont publiques. Et je serai bientôt l'entretien des critiques.
ZOÏLIN.
Si ce n'est que cela, calmez votre douleur; Ce petit accident vous fera grand honneur. De vos moindres billets la grâce naturelle Du style épistolaire est un charmant modèle. Les femmes, j*en conviens, entendent mieux que Cet art si délicat, si naïf et si doux. [nous
Leur cœur avec esprit sait peindre leurs pensées, Des mains de la nature ingénument tracées; Les hommes ont toujours trop d'art dans leurs
[écrit.-.
J'aime mieux Sévigné que trente beaux esprits.