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L'ENVIEUX, ACTE II, SCENE IV

Et quedu même, instant ma fortune étail faite.

LAURK.

Et la mienne avec vous?

NICODON.

Vraiment je le souhaite.

LAURE

li est juste, après tout, qu'Ariston soit puni Du mal que ses conseils nous auraient fait ici.

NICODON.

Quel mal?

LAURK.

Mon cher enfant, il faut que je vons donne Un conseil plus sensé : ne croyez plus personne, Défiez-vous de tout, ne vous mêlez de rien, Aimez-moi tendrement, et le reste ira bien.

NICODON.

Ah ! ce n'est plus qu'à vous que je prétendrai plaire.

LAURE

Ce sera pour tous deux une très-bonne affaire. Pour vous conduire en tout avec discernement, N'être point dans le monde un servile instrument Avec quoi les fripons travailleraient pour nuire, Je veux prendre sur moi le soin de vous instruire : Je vous dirai d'abord...

NICODON.

Oui, vos sages avis, Chaque jour avec zèle écoutés et suivis, M'auront bientôt changé, grâce à votre science. Déjà même à présent j'en fais l'expérience : Mon esprit se dégage, et sans doute mon cœur Profite encore mieux sous un tel précepteur.

LAURR.

Oui, c'est bien profiter que me fermer la bouche, Lorsque pour votre bien...

x ico DON.

Tant de bonté me Louche; L'attrait de vos leçons...

LAURE

Trêve de compliments :

Au lieu de leur parler, laissez parler les gens.

NICODON.

Soit.

LAURE

' Ne présumez pas qu'en sortant du collège On ait de parler seul acquis le privilège, Ni que ce soit toujours au beau pays latin Qu'on puise un grand savoir, qu'on a l'esprit très-fi n : On peut l'avoir très-faux : c'est à son verbiage Qu'on reconnaît d'abord un fâcheux personnage Qui se fait sottement mépriser ou haïr De ceux dont les bontés ont daigné l'accueillir. Faut-il vous répéter un conseil salutaire? Observez, écoutez, sachez longtemps vous taire.

NICODON.

C'est en vous écoutant que je veux être instruit.

LAURE

11 y paraît!

NICODON.

Dans peu vous en verrez le fruit.

LAURE

Vous le dites du moins, j'en accepte l'augure; Mais l'art ne peut toujours corriger la nature. Votre oncle, par exemple, est vieux, et cependant Est-il moins qu'autrefois orgueilleux et pédant? Jamais de ses défauts rien n'a pu le défaire. S'il sait en imposer, et surtout au vulgaire, C'est pure hypocrisie; il faut, pour être heureux, Se former sur des gens plus vrais, plus vertueux. Si mon futur époux s'en rapporte à mon zèle, Je peux lui proposer un excellent modèle, L'opposé de votre oncle.

NICODON.

Et c'est?...

LAURE

C'est Ariston.

Ah ! si vous acquériez ses manières, son ton, Dès lors jamais d'ennui, de froideur en ménage, Et l'on vous aimerait chaque jour davantage. En dépit du beau tour qu'il croyait nous jouer, Cet homme, malgré lui, me force à le louer.

NICODON.

Il est vrai, près de lui... Mais j'aperçois Hortense.

LAURE

Adieu, je cours la joindre.

NICODON, à part.

Évitons sa présence.

(Il sort précipitamment.)

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