HORTENSE, LAURE
HORTENSE, sortant de son appartement.
Laure, il n'est plus pour moi de paix ni de bon- Je ne puis soutenir l'excès de ma douleur, [heur. Partons, fuyons ces lieux.
LAURE
Eh ! qui peut donc, madame, I Troubler en ce moment le calme de votre âme ? Rien ne semblait encor l'altérer ce matin.
HORTENSE
Oui, chacun prenait part à notre heureux destin. Ariston parmi nous répandait l'allégresse ; De l'époux qui m'est cher l'amitié, la tendresse, Partageaient nos beaux jours et remplissaient mon
[cœur :
Sous nos yeux éclataient la joie et le bonheur. Entourés des vertus, du travail, de l'aisance. Et des accents si doux de la reconnaissance, Au comble de nos vœux, quel démon en fureur Jette ici tout à coup le désordre et l'horreur?
LAURE
Des envieux peut-être, à l'ombre du mystère....
HORTENSE
Écoute : tu connais ce noble monastère
Où, délaissante monde et ses plaisirs trompeurs,
D'un calme inaltérable on goûte les douceurs,
Loin de la calomnie et de la médisance ;
Eh bien ! j'ai résolu, connaissant ta constance.
L'ENVIEUX, ACTE II, SCENE VII
D'aller en cel asile, avec loi seulement,
Cacher à tous les yeux ma honte et mon tourment. Je n'ai point d'autre espoir : échappée au nau- Dans ce port tulélaire, à l'abri de l'orage, [frage, Sans regrets, sans remords, j'irai vivre et mourir.
LAURE
Mais, madame, avant tout ne peut-on découvrir Quels sont les ennemis dont la soudaine rage Avec tant d'injustice aujourd'hui nous outrage?
HORTENSE
Du jour les malfaiteurs redoutent la clarté, Ri c'est dans le silence et dans l'obscurité [les, Qu'ils forgent sans danger leurs armes criminel- Inventent des noirceurs, composent des libelles. Semés adroitement, ces écrits imposteurs Égarent le public au gré de leurs auteurs, Et trop souvent, hélas! timide et sans défense, Sous d'invincibles traits succombe l'innocence.
LAURE
Quelque vil scélérat, excité contre vous, Avec un art perfide abusant votre époux. Aurait-il réveillé sa triste jalousie ?
HORTENSE
Hélas ! ce seul défaut empoisonne sa vie. Mais ce défaut enfin, grâce âmes heureux soins, S'il n'était pas détruit, s'était caché du moins. Du sincère Ariston l'esprit doux, sympathique, Cimentait chaque jour notre paix domestique. Cette paix est rompue, et le sort ennemi Vient m'ôter à la fois mon époux, mon ami, Mon repos, mon bonheur, et ma gloire peut-être! C'en est fait, je ne peux, je ne veux plus paraître; Je mourrai de douleur.
LAURE
Mais c'est mourir vraiment
HORTENSE
Qui, moi? ce serait me noircir.
J'ai promis à Cléon d'éviter sa présence. La vertu seule nuit; il en faut l'apparence, [ment. Les soupçons d'un époux manquaient à mon tour-