ARISTON, CLITANDRE
ABÏSTON. [te.
Ma disgrâce est complète autant qu'elle t'uLpromp- Tout mon cœur est flétri de douleur et de honte; Et je rougis surtout que ma crédulité Vous ait de cet emploi si faussement ilatté. Je n'avais accepté cette charge honorable Que pour en revêtir un ami véritable.
Hélas! de mon crédit j'étais trop prévenu. A cet honneur trop haut malgré moi parvenu, Soudain on me l'arrache, on m'outrage, et j'ignore Quel est l'heureux mortel que le prince en honore. Ami, ce n'est pas moi, c'est vous qu'on a perdu.
Je reconnais en tout votre aimable vertu; Ariston, vous savez qu'à vous seul attachée, Des honneurs et du bien mon àme est peu touchée : Rien ne m'afflige ici que votre seul chagrin.
ARISTON
De ce coup imprévu quelle est la cause? En vain Je veux la pénétrer; je m'y perds quand j'y pense.
CLITANDRE
Ne \ous rebutez point. Voyez Cléon, Hortense. Songez qu'en s'expliquant on réussil Dieu mieux.
Croyez qu'un honnête homme a toujours dan- les Un secret ascendant dont le pouvoir impose ; [yeux In air de vérité sur ses lèvres repose, Son cœur est sur sa bouche, et jusque dans son ton Il a je ne sais quoi que n'a point un fripon. En un mot, voyez-les : leurs caprices frivoles Disparaîtront sans doute à vos seules paroles.
ARISTON
Pour les revoir tous deux j'ai tout fait, tout tenté;
L'humiliation ne m'a point rebuté :
De deux refus cruels j'ai dévoré l'outrage,
Cléon s'est détourné quand j'étais au passage;
Enlin, de deux billets j'ai hasardé l'envoi :
Je pleurais, je l'avoue, en écrivant. Je voi
Que l'on a repoussé ma démarche importune.
Que disent-ils au moins? quelle réponse?
ARISTON
Aucune.
CLITANDRE
Il faut nous l'avouer, cette obstination Jette au fond de mon cœur un étrange soupçon : J'entrevois contre vous quelque orage sinistre. Tout à l'heure on disait que contre un grand ministre 11 courait dans la ville un mémoire imposteur, Écrit très-offensant dont on vous fait auteur. J'ai d'abord regardé cette absurde nouvelle Comme un fruit avorté d'une folle cervelle, Comme un discours en l'air des oisifs de Pari-: Mais ce discours commence à frapper mes esprit- : La chose est sérieuse, on ourdit votre perle, Et je vois que la haine acharnée et couverte De quelque scélérat, avec un art subtil, D'une trame si noire aura tissu le fil.
ARISTON
Voyons quels ennemi s j'aurais donc lieu de craindre. Je crois qu'on ne m'a vu médire ni me plaindre, Nuire, ni cabaler, ni des traits d'un bon mot Blesser dans un souper l'amour-propre d'un sot. Ma seule ambition était celle de plaire; La haine est pour mon cœur une chose étrangère. Quoi ! je ne hais personne et l'on peut me haïr!
CLITANDRE
Quoi qu'il en soit, on cherche à vous faire périr : Moins vous le méritez, plus on veut vous détruire. Ariston, faut-il donc être ennemi pour nuire? Ah ! c'est assez d'être homme. Un obscur envieux, Dont l'éclat qui vous suit importune les yeux, Sans qu'avec vous jamais il ait eu de querelle. Sans intérêt présent, sans haine personnelle, Osera bien souvent ce qu'un homme insulté A peine en sa colère aurait exécuté.
Toujours la jalousie aux crimes aiguillonne; L'ennemi le plus fier avec le temps pardonne, Mais le lâche envieux ne pardonne jamais.
ARISTON
Non, non : sur moi l'envie aurait perdu ses traits.
[l'être?
Jaloux de moi? comment? de quoi pourrait-on