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L'ENVIEUX, ACTE III, SCENE IV

NICODON.

Ah ! monsieur !

ARISTON

Achetez les livres nécessaires Qui puissent de votre âme étendre les lumières. Songez à vous instruire, et tâchez qu'à la fin Votre propre vertu fasse votre destin.

Si vous voyez Cléon, si vous voyez Hortense,

ARISTON

Mais il est fou vraiment.

CLITANDRE

Pas si fou. Sa douleur, ce refus et ce trouble Me donnent à penser, et mon soupçon redouble.

ariston. [sants.

Point, point; les jeunes gens sont tous compatis- Leur cœur est tout de feu : c'est le lot des beaux ans.

Dites-leur, s'il vous plaît, que ma reconnaissance L'âge endurcit notre âme; hélas! l'indifférence

Survivra dans mon cœur même à leur amitié Excepté leurs bienfaits, le reste est oublié. Adieu; mes compliments à votre oncle.

NICODON.

Ah! qu'entends-je?

A mon oncle?

ARISTOXT.

A lui-même.

NICODON.

Ah ! Dieu ! quel homme étrange !

(// se jette aux pieds d' Ariston.)

Monsieur... mon protecteur... vertueux Ariston!...

ARISTON, le relevant.

Eh bien !

NICODON.

Hélas! à qui faites-vous un tel don?

ARISTON

A vous que j'aime.

NICODON, à part.

0 ciel ! qu'ai-je fait, misérable !

ARISTON

Mon fils, quelle douleur à mes yeux vous accable? NICODON, présentant les billets.

Reprenez...

CLITANDRE, à Ariston.

Son cœur parle, et sans nul intérêt Il s'attendrit pour vous.

ARISTON. à Clitandre.

Et c'est ce qui me plait :

D'un cœur noblement né c'est le vrai témoignage.

(A Nicodon.) Tenez, prenez encor ce diamant, ce gage Du bien qu'avec raison je vous ai destiné.

NICODON, en pleurs.

Hélas! monsieur, je suis indigne d'être né. Je vais... je vais d'ici, la tête la première, Me jeter, loin de vous, au fond de la rivière.

ARISTON

De sa naïveté mes sens sont pénétrés.

NICODON.

Si vous saviez, monsieur...

ARISTON

Pauvre enfant, nous pleurez.

nicodon. [pleure;

Je n'en peux plus, monsieur, il faut bien que je Je suis désespéré... Je m'en vais tout à l'heure... Je vais... Reprenez tout, billets et diamant. Je suis... Adieu, monsieur!

(Il pose tout sur les bras d' Ariston, et s enfuit*)

Est le premier effet de notre décadence.

LE LAQUAIS, qui en entrant a entendu les dernières paroles

d' Ariston.

Bon, bon, moralisez; voici près de ce mur Des coquins, vieux ou non, dont le cœur est plus du r.

ARISTON, CLITANDRE, un exempt, gardes, le laquais.

l'exempt.

Avec bien du regret, monsieur, je vous arrête.

ariston.

Monsieur, a cet assaut ma constance était prête. Allons.

CLITANDRE, embrassant Ariston.

Ah ! mon ami !

ariston.

Je pars, et j'obéis.

(A l'exempt.) Mais seulement, monsieur, me serait-il permis, Sans déroger en rien à vos ordres sévères, [res, D'aller, pour un moment, mettre ordre à mes affai- Escorté de vos gens, avec vous, sous vos yeux?

l'exempt.

Non, monsieur; mon ordre est précis et rigoureux.

ariston.

Si la pitié pouvait toucher un peu votre âme ! Je voudrais embrasser mes enfants et ma femme.

l'exempt.

Non, monsieur.

ariston.

J'ai mon père au bord de son tombeau.

Hélas! je suis trop sur que ce malheur nouveau Suffit pour l'accabler, va lui coûter la vie.

l'exempt.

11 faut marcher.

CLITANDRE, à V exempt.

Au moins souffrez donc, je vous prie5 Que j'aille de ce pas instruire et consoler Ses parents malheureux, si je puis leur parler; Et qu'en prison soudain je vienne me remettre

Auprès de mon ami.

l'exempt.

Je ne puis le permettre.

CLITANDRE

Avec quel front d'airain et quelle dureté Ces indignes humains traitent l'humanité! Quoi ! mon cher Ariston » de vos bras on m'entraîne?

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