SCÈNE
ARISTON, CUTANDRE, NICODON.
NICODON, balbutiant, et les yeux baissés.
Oui, monsieur, on m'ordonne De vous donner... Je viens...
ARISTON
Qu'est-ce qui vous étonne?
De quoi rougissez-vous? pourquoi baisser les yeux? N'osez-vous voir en face un homme malheureux?
NICODON.
C'est que l'on m'a, monsieur, chargé de la réponse De monseigneur Cléon.
Voyons ce qu'elle annonce.
NICODON, donnant la lettre.
Pardon, monsieur.
ARISTON lit.
... Rien ne pourra me désarmer; Et mon ç(Bur. sait haïr autant qu'il sait aimer.
CLITANDRE
Je reconnais son style en cet aveu sincère; Il ne déguise rien, tel est son caractère. Son cœur est inflexible autant que généreux : Juge intègre, ami vif, ennemi dangereux. S'il est préoccupé, vous avez tout à craindre.
ARISTON
Je \ois de tous côlés combien je suis à plaindre. Un de mes grands chagrins, c'est qu'étant opprimé, Je ne pourrai plus rien pour ceux qui m'ont aimé. Voyez-vous ce jeune homme? il m'aimait, il m'ins- Plus de compassion que je ne saurais dire, [pire Il est sans bien, sans père ; il ferait quelque effort Pour percer dans le monde et corriger le sort. C'est un plaisir bien doux d'animer la culture D'un champ qu'on croit fertile, et d'aider la nalu- Je me fis un devoir de prendre soin de lui : [re. Je voulais lui servir et de père et d'appui ; xNous lui gardions tous deux une assez bonne place Dans cet emploi nouveau ravi par ma disgrâce. Sur mes secours encore il a droit de compter : C'est une juste dette, il la faut* acquitter.
(7/ lire un portefeuille de sa poche.) CLITANDRE, à part.
Faut-il qu'un tel mérite ait un sort si funeste !
ARISTON, à Clitandre.
Un seul instant, ami, peut-être ici me reste Pour vivre encore en homme, et pour faire du bien. En subissant mon sort, je veux pourvoir au sien.
(A Nicodon.) Approchez-vous, prenez ces billets sur la place; Daignez les accepter, et sans me rendre grâce; C'est de l'argent comptant, il faul vous en servir Pour un travail utile, el non pour le plaisir.