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L'ENVIEUX, ACTE III, SCÈNE VIL

Eût perdu, sans remords, des hommes estimables: Un hypocrite enfin, dont la fausse candeur Du cœur le plus abject eût caché la noirceur?

ZOÏLIN, bas, à part.

Tout va bien : d'Ariston il veut parler sans doute.

CLÉON

Eh bien, que feriez-vous?

ZOÏLIN, à pari.

A bon droit je redoute Qu'An ston ne revienne ici me démasquer.

CLÉON

Votre esprit là-dessus craint-il de s'expliquer?

ZOÏLIN.

Je jugerais trop mal; et puis votre justice

Sait assez bien, sans moi, comme on punit le vice.

CLÉON

Mais répondez.

ZOÏLIN.

Le bien de la société Veut le retranchement d'un membre si gâté. Peut-être la prison où l'on doit le conduire Le mettrait hors d'état de penser à nous nuire.

cléon. [avis,

C'est très-bien dit. Monsieur, c'est donc là votre Qu'en un cachot obscur un tel fripon soit mis?

ZOÏLIN.

Hélas! je suis toujours pour qu'on fasse justice.

CLÉON

(En indiquant Zoïlin.) Eh bien, moi, je la fais. Gardes, qu'on le saisisse; Que ce monstre perfide aille dans la prison Où son intrigue infâme entraînait Ariston.

ZOÏLIN, consterné.

Ah! pardon, monseigneur!

CLÉON

Ame lâche et farouche, Subis le jugement qu'a prononcé ta bouche; Et, pour te mieux punir, revois ton protecteur, Ton ami, dont l'aspect augmente ta rougeur.

(Ariston paraît.) HORTENSE, Ù Zoïlin.

Votre pauvre neveu, dont votre àme traîtresse Avait empoisonné l'imprudente jeunesse, Vient d'avouer, aux pieds de Cléon offensé, L'ingratitude horrible où vous l'avez forcé. Nous lui pardonnons tout: un vrai remords l'anime, Son cœur est étonné d'avoir pu faire un crime.

CLÉON

(A l'exempt.) Qu'il parte. Allons, monsieur, hâtez-vous d'obéir.

(On emmène Zoïlin.) ARISTON, à Cléon.

Dédaignez son offense et laissez-vous fléchir. Faut-il, malgré ses torts, qu'un homme méprisable, Un homme tel qu'il soit, par moi soit misérable? Cléon, vous me verrez demander à genoux Sa grâce au souverain, si je ne l'ai de vous. Il a souffert assez, puisqu'il connut l'envie; Lui-même il s'est couvert de trop d'ignominie. JVest-il pas bien puni, puisque je suis heureux? Ah! ce seul châtiment suffit à l'envieux.

CLÉON

Généreux Ariston, vous êtes trop facile. | Mon cœur admire en vous cette vertu tranquille. i Étant homme privé, vous pouvez pardonner; | Je suis homme public, je le dois condamner.

Un peuple renommé, dont les mœurs sont l'étude, j Fit autrefois des lois contre l'ingratitude : ! Je suis ce grand exemple, et je dois vous venger | Des envieux ingrats qu'on ne peut corriger.

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