‹ Théâtre completChapitre 1175 sur 1720 · AD1NE · texte numérisé non relu

AD1NE

Ne craignez rien, ce n'est pas moi que j'aime ; Je suis plus près de me haïr moi-même; Je n'aime rien qui me ressemble.

BLANFORD.

Enfin C'est à Dorfise à régler mon destin.

Bien convaincu de sa haute sagesse, De l'épouser je lui passai promesse ; Je lui laissai mon bien même en partant, Joyaux, billets, contrats, argent comptant. J'ai, grâce au ciel, par ma juste franchise, Confié tout à ma chère Dorfise.

J'ai confié Dorfise et son destin A la vertu de monsieur Bartolin.

DARMIN.

De Bartolin, le caissier?

BLANFORD.

De lui-même, D'un bon ami qui me chérit, que j'aime.

DARMIN, d'un ton ironique.

Ah ! vous avez sans doute bien choisi ; Toujours heureux en maîtresse, en ami, Point prévenu.

BLANFORD.

Sans doute, et leur absence Me fait ici sécher d'impatience.

ADINE

Je n'en puis plus, je sors.

BLANFORD.

Mais qu'ayez-vous ?

De ses malheurs chacun ressent les coups. Les miens sont grands ; leurs traits s'appesantis- 11s cesseront. .. si les vôtres finissent. [sent;

[Elle sort.)

BLANFORD.

ne sais.... mais son chagrin m'a touché.

DARMIN.

Il est aimable, il vous est attaché.

BLANFORD.

J'ai le cœur bon, et la moindre fortune Qui me viendra sera pour lui commune.

Dès que Dorfise avec sa bonne foi M'aura remis l'argent qu'elle a de moi, J'en ferai part à votre jeune Adine.

Je lui voudrais la voix moins féminine, Un air plus fait; mais les soins et le temps Forment le cœur et l'air des jeunes gens : Il a des mœurs, il est modeste, sage.

J'ai remarqué toujours, dans le voyage, Qu'il rougissait aux propos indécents Que sur mon bord tenaient nos jeunes gens. Je vous promets de lui servir de père.

DARMIN.

Ce n'est pas là pourtant ce qu'il espère. Mais allons donc chez Dorfise à l'instant, Et recevez d'elle au moins votre argent.

BLANFORD.

Bon! le démon, qui toujours m'accompagne, La fait rester encore à la campagne.

Et le caissier ?

BLANFORD.

Et le caissier aussi.

Tous deux viendront, puisque je suis ici.

DARMIN.

Vous pensez donc que madame Dorfise Vous est toujours très-humblement soumise?

BLANFORD.

Et pourquoi non? si je garde ma foi, Elle peut bien en faire autant pour moi. Je n'ai pas eu, comme vous, la folie De courtiser une franche étourdie.

DARMIN.

Il se pourra que j'en sois méprisé, Et c'est à quoi tout homme est exposé ; Et j'avoùrai qu'en son humeur badine Elle est bien loin de sa sage cousine.

BLANFORD.

Mais de son cœur ainsi désemparé Que ferez-vous?

DARMIN.

Moi? rien : je me tairai.

En attendant qu'à Marseille se rendent Les deux beautés de qui nos cœurs dépendent, Fort à propos je vois venir vers nous L'ami Mondor.

BLANFORD.

Notre ami ! dites-vous?

Lui, notre ami?

Sa tête est fort légère, Mais dans le fond c'est un bon caractère.

BLANFORD.

Détrompez-vous, cher Darmin, soyez sûr Que l'amitié veut un esprit plus mûr ; Allez, les fous n'aiment rien.

DARMIN.

Mais le sage Aime-t-il tant?... Tirons quelque avantage De ce fou-ci. Dans notre cas urgent, On peut sans honte emprunter son argent.

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