‹ Théâtre completChapitre 1178 sur 1720 · BAR MIN · texte numérisé non relu

BAR MIN

Nous en sommes fort près, et notre gloire N'a pas le sou.

LE CHEVALIER MONDOR

Je suis prêt à t'en croire.

DARMIX.

Cher chevalier, il te faut avouer....

LE CHEVALIER MONDOR

En quatre mots je dois vous confier....

DARMIX.

Que notre ami vient de faire une perte....

LE CHEVALIER MONDOR

Que j'ai, mon cher, fait une découverte...

DARMIN.

De tout le bien...

LE CHEVALIER MONDOR

D'une honnête beauté...

DARMIN.

Que sur la mer...

LE CHEVALIER MONDOR

A qui sans vanité...

DARMIN.

Il rapportait...

LE CHEVALIER MONDOR

Après bien du mystère...

DARMIN.

Dans son vaisseau.

LE CHEVALIER MONDOR

J'ai le bonheur de plaire.

DARMIN.

C'est un malheur.

C'est un plaisir bien vif De subjuguer ce scrupule excessif, Cette pudeur et si fière et si pure, Ce précepteur qui gronde la nature.

J'avais du goût pour la dame Burlet, Pour sa gaité, son air brusque et follet; Mais c'est un goût plus léger qu'elle-même.

DARMIN.

J'en suis ravi,

LE CHEVALIER MONDOR

C'est la prude que j'aime.

Encouragé par la difficulté, J'ai présenté la pomme à la fierté.

DARMIN.

La prude, enfin, dont votre âme est éprise, Cette beauté si fière...?

LE CHEVALIER MONDOR

C'est Dorfise.

BLANFORD, en riant.

Dorfise... ah!... bon. Sais-tu bien devant qui Tu parles là?

LE CHEVALIER MONDOR

Devant toi, mon ami.

BLANFORD.

Va, j'ai pitié de ton extravagance; Cette beauté n'aura plus l'indulgence, Je t'en réponds, de recevoir chez soi Des chevaliers éventés comme toi.

Si fait, mon cher : la femme la moins folle Ne se plaint point lorsqu'un fou la cajole.

BLANFORD.

Cajolez moins, mon très-cher; apprenez Qu'à ses vertus mes jours sont destinés, Qu'elle est à moi, que sa juste tendresse De m'épouser m'avait passé promesse, Qu'elle m'attend pour m'unir à son, sort.

LE CHEVALIER MONDOR , en riant.

Le beau billet qu'a là l'ami Blanford! ' (A Darmin.)

Il a, dis-tu, besoin, dans sa détresse, D'autres billets payables en espèce.

Tiens, cher Darmin.

(// veut lui donner un portefeuille.)

BLANFORD, l'arrêtant.

Non, gardez-vous-en bien.

DARMIN.

i Quoi ! vous voulez...?

BLANFORD.

De lui je ne veux rien.

Quand d'emprunter on fait la grâce insigne, C'est à quelqu'un qu'on daigne en croire digne : C'est d'un ami qu'on emprunte l'argent.

LE CHEVALIER MONDOR

Ne suis-je pas ton ami?

BLANFORD.

Non, vraiment. Plaisant ami, dont la frivole flamme, S'il se pouvait, m'enlèverait ma femme; Qui, dès ce soir, avec vingt fainéants, Va s'égayer à table à mes dépens!

Je les connais, ces beaux amis du monde.

LE CHEVALIER MONDOR

Ce monde-là, que ton rare esprit fronde, Crois-moi, vaut mieux que ta mauvaise humeur. Adieu. Je vais du meilleur de mon cœur

Dans le moment chez la belle Dorfise Aux grands éclats rire de ta sottise.

(Il veut s'en aller.) BLANFORD, l'arrêtant.

Que dis-tu là?... mon cher Darmin! comment? Elle est ici, Dorfise?

LE CHEVALIER MONDOR

Assurément.

BLANFORD.

0 juste ciel !

LE CHEVALIER MOXDOR.

Eh bien ! quelle merveille ?

BLANFORD.

Dans sa maison?

LE CHEVALIER MOXDOR.

Oui, te dis-je, à Marseille.

Je l'ai trouvée à l'instant qui rentrait, Et qui des champs avec hàle accourait.

BLANFORD, à part.

Pour me revoir! ô ciel! je te rends grâce; A ce seul trait tout mon malheur s'efface. Entrons chez elle.

LE CHEVALIER MOXDOR.

Entrons, c'est fort bien dit:

Car plus on est de fous, et plus on rit.

BLAXFORD. (// va à la porte.) Heurtons.

LE CHEVALIER MOXDOR.

Frappons.

COLETTE, en dedans de la maison»

Qui va là?

BLANFORD.

Moi.

LE CHEVALIER MOXDOR.

Moi-même,

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