‹ Théâtre completChapitre 1182 sur 1720 · LA PRUDE, ACTE II, SCENE I · texte numérisé non relu

LA PRUDE, ACTE II, SCENE I

Comment souffrir leur troupe libertine?

Le beau Cléon qui, brillant sans esprit, Rit des bons mots qu'il prétend avoir dit; Damon, qui fait, pour vingt beautés qu'il aime, Vingt madrigaux plus fades que lui-même; Et ce robin parlant toujours de lui; Et ce pédant portant partout l'ennui ; Et mon cousin, qui....

LE CHEVALIER MONDOR

C'en est trop, madame :

Chacun son tour; et si votre belle âme Parle du monde avec tant de bonté, J'aurai du moins autant de charité.

Je veux ici vous tracer de mon style En quatre mots un portrait de la ville, A commencer par....

DORFJSE.

Ah ! n'en faites rien.

Il n'appartient qu'aux personnes de bien De châtier, de gourmander le vice; C'est à mes yeux une horrible injustice, Qu'un libertin satirise aujourd'hui D'autres mondains moins vicieux que lui. Lorsque j'en veux à l'humaine nature, C'est zèle, honneur, et vertu toute pure, Dégoût du monde. Ah! Dieu! que je le hais, Ce monde infâme !

MADAME BL'RLET.

11 a quelques attraits.

DORFISE.

Pour vous, hélas! et pour votre ruine.

MADAME BURLET.

N'en a-t-il point un peu pour vous, cousine? Haïssez-vous ce monde?

DORFISE.

Horriblement.

LE CHEVALIER MONDOR

Tous les plaisirs?

DORFISE.

Épouvantablement.

MADAME BURLET.

Le jeu? le bal?

LE CHEVALIER MONDOB.

La musique? la table?

DORFISE.

Ce sont, ma chère, inventions du diable.

MADAME BURLET.

Mais la parure et les ajustements?

Vous m'avoûrez....

DORFISE.

Ah! quels vains ornements!

Si vous saviez à quel point je regrette Tous les instants perdus à ma toilette! Je fuis toujours le plaisir de me voir : Mon œil blessé craint l'aspect d'un miroir.

MADAME BURLET.

Mais cependant, ma sévère Dorfise,

Vous me semblez bien coiffée et bien mise.

DORFISE.

Bien?

LE CHEVALIER MONDOR

Du grand bien.

DORFISE.

Avec simplicité.

LE CHEVALIER MONDOR

Mais avec goût.

MADAME BURLET.

Votre sage beauté, Quoi qu'elle en dise, est fort aise de plaire.

DORFISE.

Moi? juste ciel!

MADAME BURLET.

Parle-moi sans mystère.

Je crois, ma foi, que ta sévérité A quelque goût pour ce jeune éventé.

Il n'est pas mal fait.

(En montrant Mondor.) LE CHEVALIER MONDOR.

Ah!

MADAME BURLET.

C'est un jeune homme Fort beau, fort riche.

Ah!

DORFJSE.

Ce discours m'assomme.

Vous proposez l'abomination.

Un beau jeune homme est mon aversion; l'n beau jeune homme ! ah ! fi !

LE CHEVALIER MONDOR

Ma foi, madame, Pour vous et moi j'en suis fâché dans l'âme, Mais ce Blanford, qui revient sans vaisseau, Est-il si riche, et si jeune, et si beau ?

DORFISE.

Il est ici? quoi! Blanford?

LE CHEVALIER MONDOR

Oui, sans doute.

COLETTE, en entrant avec précipitation.

Hélas! je viens pour vous apprendre....

DORFISE, à Colette, à l'oreille.

Écoute.

MADAME BURLET.

Comment?

DORFISE, au chevalier Mondor.

Depuis qu'il prit de moi congé, De ses défauts je l'ai cru corrigé; Je l'ai cru mort.

LE CHEVALIER MONDOR

Il vit, et le corsaire Veut me couler à fond et croit vous plaire.

DORFISE, en se retournant vers Colette.

Colette, hélas!

COLETTE

Hélas !

DORFISE.

Ah ! chevalier,

Pourriez-\"ous point sur mer le renvoyer?

LE CHEVALIER MONDOR

De tout mon cœur.

MADAME BURLET.

Sait-on quelque nouvelle De ce Darmin, son ami si fidèle ?

Yiendra-t-il point?

LE CHEVALIER MONDOR

11 est venu: Blanford L'a raccroché dans je ne sais quel port. Ils ont sur mer donné, je crois, bataille, Et sont ici n'ayant ni sou ni maille ; Mais avec lui Blanford a ramené l'n petit Grec plus joli, mieux tourné....

DORFISE.

Eh ! oui, vraiment. Je pense tout à l'heure Que je l'ai vu tout près de ma demeure : De grands yeux noirs ?

LE CHEVALIER MONDOR

Oui.

Doux, tendres, touchants?

Un teint de rose?

LE CHEVALIER MONDOR

Oui.

DORFISE, fin s' animant un peu plus.

Des cheveux, des dents...?

L'air noble, fin?

LE CHEVALIER MONDOR

C'est une créature Qu'à son plaisir façonna la nature.

DORFISE.

S'il a des mœurs, s'il est sage, bien né, Je veux par vous qu'il me soit amené. .. Quoiqu'il soit jeune.

MADAME BURLET.

Et moi, je veux sur l'heure Que de Darmin l'on cherche la demeure.

Allez, La Fleur, trouvez-le, et lui portez Trois cents louis que je crois bien comptés; [Elle donne une bourse à La Fleur, qui est derrière elle.) Et qu'à souper Blanford et lui se rendent. Depuis longtemps tous nos amis l'attendent, Et moi plus qu'eux. Je n'ai jamais connu De naturel plus doux, plus ingénu :

J'aime surtout sa complaisance aimable, Et sa vertu liante et sociable.

DORFISE.

Eh bien! Blanford n'est pas de cette humeur; II est si sérieux!

LE CHEVALIER MONDOR

Si plein d'aigreur !

Oui, si jaloux....

LE CHEVALIER MONDOR, interrompant brusquement. Caustique.

DORFISE.

H est

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