LA PRUDE, ACTE IV, SCÈNE VIII
A deux genoux, de me sauver la vie; J'en tremble encor de peur.
BLANFORD.
Eh ! le poltron!
Et ce mari, voyons quel est son nom ?
ADIRE
Oh ! je l'ignore.
Oh! la bonne imposture!
Çà, peignez-moi, s'il se peut, sa figure.
ADINE
Mais il me semble, autant que l'a permis L'horrible effroi qui troublait mes esprits, Que c'est un homme à fort méchante mine, Gros, court, basset, nez camard, large échine, Le dos en voûte, un teint jaune et tanné, Un sourcil gris, un œil de vrai damné.
BLANFORD.
Le beau portrait! qui puis-je y reconnaître? Jaune, tanné, gris, gros, court : qui peut-ce être? En vérité, vous vous moquez de moi.
ADINE
Éprouvez donc, monsieur, ma bonne foi : Je vous apprends que la même personne Ce soir chez elle un rendez-vous me donne.
BLANFORD.
Un rendez-vous chez madame Burlet?
ADINE
Eh non : jamais ne serez-vous au fait?
BLANFORD.
Quoi! chez madame?...
ADINE
Oui.
Chez elle?
ADINE
Oui, vous dis-je.
BLANFORD.
Que cette intrigue et m'étonne et m'afflige! \^n rendez-vous! Dorfise, vous, ce soir?
ADINE
Si vous voulez, vous y pourrez me voir, Ce même soir, sous un habit de fille Qu'elle m'envoie, et duquel je m'habille. Par l'huis secret je dois être introduit Chez cet objet dont l'amour vous séduit. Chez cet objet si fidèle et si sage.
BLANFORD.
Ceci commence à me remplir de rage, Et j'aperçois d'un ou d'autre côté Toute l'horreur de la déloyauté.
Ne mens-tu point?
ADINE
Mon àme, mal connue, Pour vous, monsieur, se sent trop prévenue Pour s'écarter de la sincérité.
Votre cœur noble aime la vérité :
Je l'aime en vous, et je lui suis fidèle.
Ah! le flatteur!
BLANFORD.
ADIXE.
Doutez-vous de mon zèle?
Ouf.