LA PRUDE, ACTE V, SCÈNE III
MADAME BURLET.
Tu veux que je réponde De Bartolin, du cœur de tout le monde. Il est, je pense, un honnête caissier.
Pourquoi de lui veux-tu te défier?
(Test ton ami, c'est l'ami de Dorfise.
BLANFORD.
Dorfise ! mais parlez avec franchise :
Se pourrait-il que Dorfise en un jour Pour un enfant eut trahi tant d'amour?
Et que veut dire encore en cette affaire Ce chevalier qui parle de notaire ?
Le bruit public est qu'il va l'épouser.
MADAME BURLET.
LC3S bruits publics doivent se mépriser.
BLANFORD.
Je sors encore à l'instant de chez elle; Elle m'a fait serment d'être fidèle; Elle a pleuré... l'amour et la douleur Sont dans ses yeux: démentent-ils son cœur? Est-elle fausse? et notre jeune Adine... Quoi ! vous riez ?
MADAME BURLET.
Oui, je ris de ta mine; Hassure-toi. Va, pour cet enfant-là Crois que jamais on ne te quittera; Sois-en très-sûr, la chose est impossible.
BLANFORD.
Ah ! vous calmez mon âme trop sensible; Le chevalier n'en trouble point la paix ; Dorfise m'aime, et je l'aime à jamais.
MADAME BURLET.
A jamais! c'est beaucoup.
BLANFORD.
Mais si Ton m'aime.
Adine est donc d'une impudence extrême, 11 calomnie; et le petit fripon A donc le cœur le plus gâté ?
• MADAME BURLET.
Lui ? non .
11 a le cœur charmant, et la nature A mis dans lui la candeur la plus pure; Compte sur lui.
BLANFORD.
Quels discours sont-ce là!
Vous vous moquez.
MADAME BURLET.
Je dis vrai.
BLANFORD.
Me voilà Plus enfoncé dans mon incertitude :
Vous vous jouez de mon inquiétude; Vous vous plaisez à déchirer mon cœur.
Dorfise ou lui m'outrage avec noirceur; Convenez-en : l'un des deux est un traître. Répondez donc.
MADAME BURLET, en riallf.
Cela pourrait bien être.
S'il est ainsi, vous voyez quels éclats...
MADAME BURLET.
Oh! mais aussi cela peut n'être pas; Je n'accuse personne.
BLANFORD.
Hum ! que j'enrage !
MADAME BURLET.
N'enrage point; sois moins triste, et plus sage. Tiens, veux-tu prendre un parti qui soit sur?
BLANFORD.
Oui.
MADAME BURLET.
Laisse là tout ce complot obscur; Point d'examen, point de tracasserie; Tourne avec moi tout en plaisanterie; Prends ton argent chez monsieur Bartolin; Vis avec nous uniment, sans chagrin; N'approfondis jamais rien dans la vie, Et glisse-moi sur la superficie; Connais le monde, et sais le tolérer : Pour en jouir, il le faut effleurer.
Tu me traitais de cervelle légère; Mais souviens-toi que la solide affaire, La seule ici qu'on doive approfondir, C'est d'être heureux et d'avoir du plaisir.