LE COMTE D'OLBAN, LA BARONNE DE L'ORME. LA BARONNE
11 faut parler, il faut, monsieur le comte, Vous expliquer nettement sur mon compte. Ni vous ni moi n'avons un cœur tout neuf : Vous êtes libre, et depuis deux ans veuf; Devers ce temps j'eus cet honneur moi-même ; Et nos procès, dont l'embarras extrême Était si triste et si peu fait pour nous, Sont enterrés, ainsi que mon époux.
LE COMTE
Oui, tout procès m'est fort insupportable.
LA BARONNE
Ne suis-je pas comme eux fort haïssable ?
LE COMTE
Qui? vous, madame?
LA BARONNE
Oui, moi. Depuis deux ans, Libres tous deux, comme tous deux parents, Pour terminer nous habitons ensemble; Le sang, le goût, l'intérêt nous rassemble.
LE COMTE
Ah! l'intérêt! parlez mieux.
LA BARONNE
Non, monsieur, .le parle bien, et c'est avec douleur; Et je sais trop que votre âme inconstante Ne me voit plus que comme une parente.
LE COMTE
Je n'ai pas l'air d'un volage, je croi.
LA BARONNE
Vous avez l'air de me manquer de foi.
LE COMTE, à part.
Ah !
LA BARONNE
Vous savez que cette longue guerre, Que mon mari vous faisait pour ma terre, A dû finir en confondant nos droits Dans un hymen dicté par notre choix :
Votre promesse à ma foi vous engage ; Vous différez, et qui diffère outrage.
LE COMTE
J'attends ma mère.
LA BARONNE
Elle radote : bon !
LE COMTE
Je la respecte et je l'aime.
LA BARONNE
Et moi, non.
Mais pour me faire un affront qui m'étonne, Assurément vous n'attendez personne, Perfide! ingrat!
LE COMTE
D'où vient ce grand courroux ?
Qui vous a donc dit tout cela?
LA BARONNE
Qui? vous; Vous, votre ton, votre air d'indifférence, Votre conduite, en un mot, qui m'offense, Qui me soulève, et qui choque mes yeux : Ayez moins tort, ou défendez-vous mieux. Ne vois-je pas l'indignité, la honte, L'excès, l'affront du goût qui vous surmonte ? Quoi ? pour l'objet le plus vil, le plus bas, Vous me trompez !
LE COMTE
Non, je ne trompe pas ; Dissimuler n'est pas mon caractère :
J'étais à vous, vous aviez su me plaire, Et j'espérais avec vous retrouver