LA BARONNE, NANINE
NANINE
Madame?
LA BARONNE
Mais est-elle donc si belle?
Ces grands yeux noirs ne disent rien du tout; Mais s'ils ont dit : « J'aime.... » Ah! je suis à bout. Possédons-nous. Venez.
NANINE
Je viens me rendre A mon devoir.
LA BABONNE.
Vous vous faites attendre Un peu de temps; avancez-vous. Comment ! Comme elle est mise! et quel ajustement! Il n'est pas fait pour une créature De votre espèce.
NANINE
Il est vrai. Je vous jure, Par mon respect, qu'en secret j'ai rougi Plus d'une fois d'être vêtue ainsi; Mais c'est l'effet de vos bontés premières, De ces bontés qui me sont toujours chères. De tant de soins vous daigniez m'honorer! Vous vous plaisiez vous-même à me parer. Songez combien vous m'aviez protégée :
Sous cet habit je ne suis point changée. Voudriez-vous, madame, humilier Un cœur soumis, qui ne peut s'oublier?
LA BARONNE
Approchez-moi ce fauteuil.... Ah! j'enrage.... D'où venez-vous?
NANINE
Je lisais.
LA BARONNE
Quel ouvrage?
NANINE
Un livre anglais dont on m'a fait présent.
Sur quel sujet?
NANINE
Il est intéressant :
L'auteur prétend que les hommes sont frères; Nés tous égaux; mais ce sont des chimères, Je ne puis croire à cette égalité.
LA BABONNE.
Elle y croira. Quel fonds de vanité!
Que l'on m'apporte ici mon écritoire.ô.
NANINE
J'y vais.