NANINE, ACTE II, SCÈNE Y
LE COMTE
Ce que vous méritez.
NANINE
Quoi! vous m'aimez? Ah! gardez-vous de croire
Que j'ose user d'une telle victoire.
Non, monsieur, non, je ne souffrirai pas
Qu'ainsi pour moi vous descendiez si bas :
Un tel hymen est toujours trop funeste ;
Le goût se passe, et le repentir reste.
J'ose à vos pieds attester vos aïeux....
Hélas ! sur moi ne jetez point les yeux.
Vous avez pris pitié de mon jeune âge;
Formé par vous, ce cœur est votre ouvrage;
11 en serait indigne désormais
S'il acceptait le plus grand des bienfaits.
Oui, je vous dois des refus. Oui, mon âme
Doit s'immoler.
LE COMTE
Non, vous serez ma femme.
Quoi ! tout à l'heure ici vous m'assuriez, Vous l'avez dit, que vous refuseriez Tout autre époux, fût-ce un prince.
NANINE
Oui, sans doute; Et ce n'est pas ce refus qui me coûte.
LE COMTE
Mais me haïssez-vous?
NANINE
Aurais-je fui, Craindrais-je tant si vous étiez haï ?
Ah! ce mot seul a fait ma destinée.
NANINE
Eh! que prétendez-vous?
LE COMTE
Notre hyménée.
NANINE
Songez....
LE COMTE
Je songe h tout.
NANINE
Mais prévoyez....
LE COMTE
Tout est prévu. ..
NANINE
Si vous m'aimez, croyez..,.
LE COMTE
Je crois former le bonheur de ma vie.
NANINE
Vous oubliez....
LE COMTE
Il n'est rien que j'oublie.
Tout sera prêt, et tout est ordonné.
Quoi! malgré moi votre amour obstiné....
LE COMTE
Oui, malgré vous, ma flamme impatiente Va tout presser pour cette heure charmante. Un seul instant je quitte vos attraits
Pour que mes yeux n'en soient privés jamais. Adieu, Nanine, adieu, vous que j'adore.