‹ Théâtre completChapitre 1246 sur 1720 · NANINE, ACTE II, SCÈNE Y · texte numérisé non relu

NANINE, ACTE II, SCÈNE Y

LE COMTE

Ce que vous méritez.

NANINE

Quoi! vous m'aimez? Ah! gardez-vous de croire

Que j'ose user d'une telle victoire.

Non, monsieur, non, je ne souffrirai pas

Qu'ainsi pour moi vous descendiez si bas :

Un tel hymen est toujours trop funeste ;

Le goût se passe, et le repentir reste.

J'ose à vos pieds attester vos aïeux....

Hélas ! sur moi ne jetez point les yeux.

Vous avez pris pitié de mon jeune âge;

Formé par vous, ce cœur est votre ouvrage;

11 en serait indigne désormais

S'il acceptait le plus grand des bienfaits.

Oui, je vous dois des refus. Oui, mon âme

Doit s'immoler.

LE COMTE

Non, vous serez ma femme.

Quoi ! tout à l'heure ici vous m'assuriez, Vous l'avez dit, que vous refuseriez Tout autre époux, fût-ce un prince.

NANINE

Oui, sans doute; Et ce n'est pas ce refus qui me coûte.

LE COMTE

Mais me haïssez-vous?

NANINE

Aurais-je fui, Craindrais-je tant si vous étiez haï ?

Ah! ce mot seul a fait ma destinée.

NANINE

Eh! que prétendez-vous?

LE COMTE

Notre hyménée.

NANINE

Songez....

LE COMTE

Je songe h tout.

NANINE

Mais prévoyez....

LE COMTE

Tout est prévu. ..

NANINE

Si vous m'aimez, croyez..,.

LE COMTE

Je crois former le bonheur de ma vie.

NANINE

Vous oubliez....

LE COMTE

Il n'est rien que j'oublie.

Tout sera prêt, et tout est ordonné.

Quoi! malgré moi votre amour obstiné....

LE COMTE

Oui, malgré vous, ma flamme impatiente Va tout presser pour cette heure charmante. Un seul instant je quitte vos attraits

Pour que mes yeux n'en soient privés jamais. Adieu, Nanine, adieu, vous que j'adore.

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