NANINE, ACTE III, SCÈNE VI
Six beaux chevaux; cl vous serez contente
De la berline : elle est bonne, brillante;
Tous les panneaux par Martin sont vernis :
Les diamants sont beaux, très-bien choisis ;
Et vous verrez des étoffes nouvelles
D'un goût charmant... oh! rien n'approche d'elles.
LA BARONNE, au comte.
Vous avez donc commandé tout cela?
LE COMTE
(À part.) Oui... Mais pour qui!
MARIN
Le tout arrivera Demain matin dans ce nouveau carrosse, Et sera prêt le soir pour votre noce.
Vive Paris pour avoir sur-le-champ Tout ce qu'on veut, quand on a de l'argent! En revenant, j'ai revu le notaire, Tout près d'ici, griffonnant votre affaire.
LÀ BARONNE
Ce mariage a traîné bien longtemps.
LA MARQUISE, à part.
Ah! je voudrais qu'il traînât quarante ans.
MARIN
Dans ce salon j'ai trouvé tout à l'heure Un bon vieillard, qui gémit et qui pleure; Depuis longtemps il voudrait vous parler.
LA BARONNE
Quel importun! qu'on le fasse en aller; Il prend trop mal son temps.
LA MARQUISE
Pourquoi, madame?
Mon fils, ayez un peu débouté d'àmc, Et, croyez-moi, c'est un mal des plus grands De rebuter ainsi les pauvres gens :
Je vous ai dit cent fois dans votre enfance Qu'il faut pour eux avoir de l'indulgence, Les écouter d'un air affable, doux.
Ne sont-ils pas hommes tout comme nous? On ne sait pas à qui l'on fait injure; On se repent d'avoir eu l'âme dure.
Les orgueilleux ne prospèrent jamais.
(A Marin.)
Allez chercher ce bonhomme.
MARIN
J'y vais.
{Il sort.)
Pardon, ma mère : il a fallu vous rendre Mes premiers soins, et je suis prêt d'entendre Cet homme-là, malgré mon embarras.