NANINE, ACTE III, SCÈNE VIII
LE COMTE, après un silence. No n, je n'hésite pas.
LA BARONNE
Je dois m'altendre à cette déférence; Vous la devez à tous les deux, je pense.
LA MARQUISE
Seriez-vous bien assez cruel, mon fils?
LÀ BARONNE
Quel parti prendrez- vous?
LE COMTE
Il est tout pris.
Vous connaissez mon âme et sa franchise : Il faut parler. Ma main vous fut promise; Mais nous n'avions voulu former ces nœuds Que pour finir un procès dangereux :
Je le termine; et dès l'instant je donne Sans nul regret, sans détour j'abandonne Mes droits entiers et les prétentions Dont il naquit tant de divisions; Que l'intérêt encor vous en revienne :
fout est à vous; jouissez-en sans peine. Que la raison fasse du moins de nous Deux bons parents, ne pouvant être époux. Oublions tout; que rien ne nous aigrisse : Pour n'aimer pas, faut-il qu'on se haïsse?
LA BARONNE
Je m'attendais à ton manque de foi.
Va, je renonce à tes présents, à toi.
Traître! je vois avec qui tu vas vivre, A quel mépris ta passion te livre.
Sers noblement sous les plus viles lois; Je t'abandonne à ton indigne choix.
(Elle sort.)