‹ Théâtre completChapitre 1273 sur 1720 · MADAME DURU, LE MARQUIS · texte numérisé non relu

MADAME DURU, LE MARQUIS

madame duru. [science,

Mais, mon très-cher marquis, comment, en con- Puis-je accorder ma fille à votre impatience, Sans l'aveu d'un époux? le cas est inouï.

LE MARQUIS

Comment? avec trois mots, un bon contrat, un oui; Rien de plus agréable et rien de plus facile. A vos commandements votre fille est docile, Vos bontés m'ont permis de lui faire ma cour; Elle aquelque indulgence et moi beaucoup d'amour , Pour votre intime ami dès longtemps je m'affiche; Je me crois honnête homme et je suis assez riche. Nous vivons fort gaiment, nous vivrons encor Et nos jours, croyez-moi, seront délicieux, [mieux,

MADAME DURU

D'accord ; mais mon mari?

LE MARQUIS

Votre mari m'assomme.

Quel besoin avons-nous du conseil d'un tel homme?

MADAME DURU

Quoi ! pendant son absence ?

LE MARQUIS

Ah! les absents ont tort; Absent depuis douze ans, c'est comme à peu près Si dans le fond de l'Inde il prétend être en vie, [mort . C'est pour vous amasser, avec sa ladrerie, Un bien que vous savez dépenser noblement : Je consens qu'à ce prix il soit encor vivant; Mais je le tiens pour mort, aussitôt qu'il s'avise De vouloir disposer de la charmante Érise. Celle qui la forma doit en prendre le soin; Et l'on n'arrange pas les filles de si loin* Pardonnez...

Je suis bonne, et vous deveË connaître

Que pour monsieur Duru, mon seigneur et mon Je n'ai pas un amour aveugle et violent : [maître, Je l'aime... comme il faut... pas trop fort... sensé- Mais je lui dois respect,et quelque obéissance, [ment; le marquis. [je pense ;

Eh, mon Dieu! point du tout : vous vous moquez, Qui vous? vous, du respect pour un monsieur Duru? Fort bien. Nous vous verrions, si nous Fen avions Dans un habit de serge, en un second étage, [cru, Tenir sans domestique un fort plaisant ménage. Vous êtes demoiselle; et quand l'adversité, Malgré votre mérite et votre qualité, Avec monsieur Duru vous fit en biens commune, Alors qu'il commençait à bâtir sa fortune, C'était à ce monsieur faire beaucoup d'honneur; Et vous aviez, je crois, un peu trop de douceur De souffrir qu'il joignît avec rude manière A vos tendres appas sa personne grossière. Voulez-vous pas encore aller sacrifier Votre charmante Érise au fils d'un usurier, De ce monsieur Gripon, son très-digne compère? Monsieur Duru, je pense, a voulu cette affaire; Il l'avait fort à cœur; et, par respect pour lui, Vous devriez, ma foi, la conclure aujourd'hui.

MADAME DURU

Ne plaisantez pas tant; il m'en écrit encore,

Et de son plein pouvoir dans sa lettre il m'honore.

LE MARQUIS

Eh! de ce plein pouvoir que ne vous servez-vous Pour faire un heureux choix d'un plus honnête

MADAME DURU. [épOUX !

Hélas ! à vos désirs je voudrais condescendre, Ce serait mon bonheur de vous avoir pour gendre ; J'avais, dans cette idée, écrit plus d'une fois; J'ai prié mon mari de laisser à mon choix Cet établissement de deux enfants que j'aime. Monsieur Gripon me cause une frayeur extrême; Mais, tout Gripon qu'il est, il le faut ménager, Écrire encor dans l'Inde, examiner, songer.

LE MARQUIS

Oui ; voilà des raisons, des mesures commodes, Emoyer publier des bans aux antipodes

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