BRUTUS, LES SÉNATEURS, ARONS, LICTEURS
ARONS
Jusques à quand, Romains, Voulez-vous profaner tous les droits des humains? D'un peuple révolté conseils vraiment sinistres, Pensez-vous abaisser les rois dans leurs ministres? Vos licteurs insolents viennent de m'arrêter: E<t-ce mon maître ou moi que l'on veut insulter? Et chez les nations ce rang inviolable....
BRUTUS
Plus ton rang est sacré, plus il te rend coupable; Cesse ici d'attester des titres superflus.
ARONS
L'ambassadeur d'un roi!...
BRUTUS
Traître, tu ne l'es plus; Tu n'es qu'un conjuré paré d'un nom sublime, Que l'impunité seule enhardissait au crime. Les vrais ambassadeurs, interprètes des lois, Sans les déshonorer savent servir leurs rois; De la foi des humains discrets dépositaires, La paix seule est le fruit de leurs saints ministères; Des souverains du monde ils sont les nœuds sacrés, Et, partout bienfaisants, sont partout révérés. A ces traits, si tu peux, ose te reconnaître: Mais si tu veux au moins rendre compte à ton maître Des ressorts, des vertus, des lois de cet État, Comprends l'esprit de Rome et connais le sénat. Ce peuple auguste et saint sait respecter encore Les lois des nations que ta main déshonore : Plus tu les méconnais, plus nous les protégeons;
Et le seul châtiment qu'ici nous t'imposons, C'est de voir expirer les citoyens perfides Qui liaient avec toi leurs complots parricides. Tout couvert de leur sang répandu devant toi, Va d'un crime inutile entretenir ton roi ; Et montre en ta personne, aux peuples d'Italie, La sainteté de Rome et ton ignominie.
Qu'on l'emmène, licteurs.