‹ Théâtre completChapitre 1310 sur 1720 · FABRICE, POLLY, FRELON · texte numérisé non relu

FABRICE, POLLY, FRELON

FABRICE

Mademoiselle Polly ! mademoiselle Polly !

POLLY

Eh bien! qu'y a-t-il, notre cher hôte?

FABRICE

Seriez-vous assez complaisante pour venir dîner en compagnie?

POLLY

Hélas! je n'ose, car ma maîtresse ne mange point : comment voulez-vous que je mange? nous sommes si tristes !

FABRICE

Cela vous égayera.

POLLY

Je ne puis être gaie : quand ma maîtresse souffre, il faut que je souffre avec elle.

FABRICE

Je vous enverrai donc secrètement ce qu'il vous faudra.

(// sort.) FRELON, se levant de sa table.

Je vous suis, monsieur Fabrice. Ma chère Polly, vous ne voulez donc jamais m'introduire chez votre maîtresse? Vous rebutez toutes mes prières.

POLLY

C'est bien à vous d'oser faire l'amoureux d'une personne de sa sorte î

FRELON

Eh ! de quelle sorte est-elle donc ?

POLLY

D'une sorte qu'il faut respecter: vous êtes fait tout au plus pour les suivantes.

L'ECOSSAISE, ACTE I, SCÈNE V

FRELON

C'est-à-dire que, si je vous en contais, vous m'aimeriez ?

POLLY

Assurément non.

FRELON

Et pourquoi donc ta maîtresse s'obstine-t-elle à ne me point recevoir, et que la suivante me dédaigne?

POLLY

Pour trois raisons : c'est que vous êtes bel esprit, ennuyeux et méchant.

C'est bien à ta maîtresse, qui languit ici dans la pauvreté, à me dédaigner !

POLLY

Ma maîtresse pauvre ! qui vous a dit cela, langue de vipère? Ma maîtresse est très-riche : si elle ne fait point de dépenses, c'est qu'elle hait le faste : elle est vêtue simplement par modestie ; elle mange peu, c'est par régime; et vous êtes un impertinent.

FRELON

Qu'elle ne fasse pas tant la Mère : nous connaissons sa conduite, nous savons sa naissance, nous n'ignorons pas ses aventures.

POLLY

Quoi donc ? que connaissez-vous ? que voulezvous dire?

FRELON

J'ai partout des correspondances.

POLLY

0 ciel ! cet homme peut nous perdre. Monsieur Frelon, mon cher monsieur Frelon, si vous savez quelque chose, ne nous trahissez pas.

FRELON

Ah! ah! j'ai donc deviné? il y a donc quelque chose? et je suis le cher M. Frelon. Ah çà, je ne dirai rien, mais il faut —

Quoi ?

Il faut m'aimer.

POLLY

FRELON

POLLY

Fi donc! cela n'est pas possible.

FRELON

Ou aimez-moi, ou craignez-moi : vous savez qu'il y a quelque chose.

POLLY

Non, il n'y a rien, sinon que ma maîtresse est aussi respectable que vous êtes haïssable : nous sommes très à notre aise, nous ne craignons rien et nous nous moquons de vous.

FRELON

Elles sont très à leur aise, de là je conclus que tout leur manque ; elles ne craignent rien, c'està-dire qu'elles tremblent d'être découvertes.... Ah ! je viendrai à bout de ces aventurières, ou je ne

pourrai. Je me vengerai de leur insolence. Mépriser M. Frelon.

(// sort,)

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