FABRICE, POLLY, FRELON
FABRICE
Mademoiselle Polly ! mademoiselle Polly !
POLLY
Eh bien! qu'y a-t-il, notre cher hôte?
FABRICE
Seriez-vous assez complaisante pour venir dîner en compagnie?
POLLY
Hélas! je n'ose, car ma maîtresse ne mange point : comment voulez-vous que je mange? nous sommes si tristes !
FABRICE
Cela vous égayera.
POLLY
Je ne puis être gaie : quand ma maîtresse souffre, il faut que je souffre avec elle.
FABRICE
Je vous enverrai donc secrètement ce qu'il vous faudra.
(// sort.) FRELON, se levant de sa table.
Je vous suis, monsieur Fabrice. Ma chère Polly, vous ne voulez donc jamais m'introduire chez votre maîtresse? Vous rebutez toutes mes prières.
POLLY
C'est bien à vous d'oser faire l'amoureux d'une personne de sa sorte î
FRELON
Eh ! de quelle sorte est-elle donc ?
POLLY
D'une sorte qu'il faut respecter: vous êtes fait tout au plus pour les suivantes.
L'ECOSSAISE, ACTE I, SCÈNE V
FRELON
C'est-à-dire que, si je vous en contais, vous m'aimeriez ?
POLLY
Assurément non.
FRELON
Et pourquoi donc ta maîtresse s'obstine-t-elle à ne me point recevoir, et que la suivante me dédaigne?
POLLY
Pour trois raisons : c'est que vous êtes bel esprit, ennuyeux et méchant.
C'est bien à ta maîtresse, qui languit ici dans la pauvreté, à me dédaigner !
POLLY
Ma maîtresse pauvre ! qui vous a dit cela, langue de vipère? Ma maîtresse est très-riche : si elle ne fait point de dépenses, c'est qu'elle hait le faste : elle est vêtue simplement par modestie ; elle mange peu, c'est par régime; et vous êtes un impertinent.
FRELON
Qu'elle ne fasse pas tant la Mère : nous connaissons sa conduite, nous savons sa naissance, nous n'ignorons pas ses aventures.
POLLY
Quoi donc ? que connaissez-vous ? que voulezvous dire?
FRELON
J'ai partout des correspondances.
POLLY
0 ciel ! cet homme peut nous perdre. Monsieur Frelon, mon cher monsieur Frelon, si vous savez quelque chose, ne nous trahissez pas.
FRELON
Ah! ah! j'ai donc deviné? il y a donc quelque chose? et je suis le cher M. Frelon. Ah çà, je ne dirai rien, mais il faut —
Quoi ?
Il faut m'aimer.
POLLY
FRELON
POLLY
Fi donc! cela n'est pas possible.
FRELON
Ou aimez-moi, ou craignez-moi : vous savez qu'il y a quelque chose.
POLLY
Non, il n'y a rien, sinon que ma maîtresse est aussi respectable que vous êtes haïssable : nous sommes très à notre aise, nous ne craignons rien et nous nous moquons de vous.
FRELON
Elles sont très à leur aise, de là je conclus que tout leur manque ; elles ne craignent rien, c'està-dire qu'elles tremblent d'être découvertes.... Ah ! je viendrai à bout de ces aventurières, ou je ne
pourrai. Je me vengerai de leur insolence. Mépriser M. Frelon.
(// sort,)