‹ Théâtre completChapitre 1312 sur 1720 · SCÈNE VI · texte numérisé non relu

SCÈNE VI

LINDANE, POLLY; FABRICE, avec une serviette.

FABRICE

Pardonnez... madame... mademoiselle... Je ne sais comment vous nommer, ni comment vous parler : vous m'imposez du respect. Je sors de table pour vous demander vos volontés... je ne sais comment m'y prendre.

LINDANE

Mon cher hôte, croyez que toutes vos attentions me pénètrent le cœur; que voulez-vous de moi?

C'est moi qui voudrais bien que vous voulussiez

L'ÉCOSSAISE, ACTE I, SCÈNE VI

avoir quelque volonté. Il me semble que vous n'avez pas dîné hier.

LINDANE

pas J'étais malade.

FABRICE

Vous êtes plus que malade, vous êtes triste... Entre nous, pardonnez... il paraît que votre fortune n'est pas comme votre personne.

LINDANE

Comment? quelle imagination! je ne me suis jamais plainte de ma fortune.

FABRICE

Non, vous dis-je, elle n'est pas si belle, si bonne, si désirable que vous Tètes.

LINDANE

Que voulez-vous dire?

FABRICE

Que vous touchez ici tout le monde et que vous l'évitez trop. Écoutez : je ne suis qu'un homme simple, qu'un homme du peuple ; mais je vois tout votre mérite, comme si j'étais un homme de la cour; ma chère dame, un peu de bonne chère : nous avons là-haut un vieux gentilhomme avec qui vous devriez manger.

Moi me mettre à table avec un homme, avec un inconnu !...

FARRICE.

C'est un vieillard qui me paraît un galant homme. Vous paraissez bien affligée, il parait bien triste aussi : deux afflictions mises ensemble peuvent devenir une consolation.

LINDANE

Je ne veux, je ne peux voir personne.

FARRICE.

Souffrez au moins que ma femme vous fasse sa cour ; daignez permettre qu'elle mange avec vous, pour vous tenir compagnie. Souffrez quelques soins...

LINDANE

Je vous rends grâce avec sensibilité; mais je n'ai besoin de rien.

FABRICE

Oh! je n'y tiens pas : vous n'avez besoin de rien, et vous n'avez pas le nécessaire!

LINDANE

Qui vous en a pu imposer si témérairement?

FABRICE

Pardon !

LINDANE

Vous extravaguez, mon cher hôte.

FARRICE, en tirant Polly par la manche.

Va, ma pauvre Polly, il y a un bon dîner tout prêt dans le cabinet qui donne dans la chambre de ta maîtresse, je t'en avertis. Cette femme-là est incompréhensible. Mais qui est donc cette autre dame qui entre dans mon café comme si c'était un homme? elle a l'air bien furibond.

L'ECOSSAISE, ACTE II, SCÈNE II

POLLY

Ah ! ma chère maîtresse, c'est milady Alton, celle qui voulait épouser milord ; je l'ai vue une lois rôder près d'ici: c'est elle.

LINDANE

Milord ne viendra point, c'en est fait; je suis perdue : pourquoi me suis-je obstinée à vivre ?

[Elle rentre.)

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