‹ Théâtre completChapitre 1326 sur 1720 · MONROSE, POLLY · texte numérisé non relu

MONROSE, POLLY

MONROSE, apercevant Volly qui passe.

Mademoiselle, un petit mol, de grâce.... Êtes-

L'ÉCOSSAISE, ACTE III, SCÈNE VIII

vous celle jeune et aimable personne née en Ecosse, qui....

POLLY

Oui, monsieur, je suis assez jeune; je suis Écossaise, el pour aimable, bien des gens me disent que je le suis.

Ne savez-vous aucune nouvelle de votre pays?

POLLY

Oh! non, monsieur; il y a si longtemps que je l'ai quitté.

MONROSE

Et qui sont vos parents, je vous prie?

POLLY

Mon père était un excellent boulanger, à ce que j'ai ouï dire, et ma mère avait servi une dame de qualité,

MONROSE

Ah ! j'entends; c'est vousapparemmentqui servez cette jeune personne dont on m'a tant parlé; je me méprenais.

POLLY

Vous me faites bien de l'honneur.

MONROSE

Vous savez sans doute qui est votre maîtresse?

POLLY

Oui, monsieur, c'est la plus douce, la plus aimable fille, la plus courageuse dans le malheur.

MONROSE

Elle est donc malheureuse ?

POLLY

Oui, monsieur, et moi aussi; mais j'aime mieux la servir que d'être heureuse.

MONROSE

Mais je vous demande si vous ne connaissez pas sa famille.

POLLY

Monsieur, ma maîtresse veut être inconnue: elle n'a point de famille. Que me demandez-vous là? pourquoi ces questions?

MONROSE

Une inconnue! 0 ciel si longtemps impitoyable! s'il était possible qu'à la fin je pusse...! Mais quelles vaines chimères ! Dites-moi, je vous prie, quel est l'âge de votre maîtresse ?

POLLY

Oh! pour son âge, on peut le dire; car elle est bien au-dessus de son âge ; elle a dix-huit ans.

MONROSE

Dix-huit ans!... hélas! ce serait précisément l'âge qu'aurait ma malheureuse Monrose, ma chère fille, seul reste de ma maison, seul enfant que mes mains aient pu caresser dans son berceau : dix-huit ans....

POLLY

Oui, monsieur, et moi je n'en ai que vingt-deux: il n'y a pas une si grande différence. Je ne sais pas pourquoi vous faites tout seul tant de réflexions

sur son à"e.

MONROSE

Dix-huit ans! et née dans ma patrie ! et elle veut être inconnue ! je ne me possède plus: il faut, avec votre permission, que je la voie, que je lui parle tout à l'heure.

POLLY

Ces dix-huit ans tournent la tète à ce bon vieux gentilhomme. Monsieur, il est impossible que vous voyiez à présent ma maîtresse; elle est dans l'affliction la plus cruelle.

MONROSE

Ah! c'est pour cela même que je veux la voir.

POLLY

De nouveaux chagrins qui l'ont accablée, qui ont déchiré son cœur, lui ont fait perdre l'usage de ses sens. Elle est à peine revenue à elle, et le peu de repos qu'elle goûte dans ce moment est un repos mêlé de trouble et d'amertume : de grâce, monsieur, ménagez sa faiblesse et ses douleurs.

MONROSE

Tout ce que vous me dites redouble mon empressement. Je suis son compatriote; je partage toutes ses afflictions; je les diminuerai peut-être : souffrez qu'avant de quitter cette ville, je puisse entretenir votre maîtresse.

POLLY

Mon cher compatriote, vous m'attendrissez : attendez encore quelques moments. Je vais à elle : je reviendrai à vous.

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