‹ Théâtre completChapitre 1337 sur 1720 · SCÈNE III · texte numérisé non relu

SCÈNE III

Lord MURRAY, LINDANE, POLLY.

LORD MURRAY

Enfin donc je goûte en liberté le charme de votre vue. Dans quelle maison vous êtes ! elle ne vous convient pas : une plus digne de vous vous attend. Quoi ! belle Lindane, vous baissez les yeux, et vous pleurez ! Quel est cet homme qui vous parlait? vous aurait-il causé quelque chagrin ? il en porterait la peine sur l'heure. LINDANE, en essuyant ses larmes.

Hélas 1 c'est un bon homme, un homme vertueux, qui a eu pitié de moi dans mon cruel malheur, qui ne m'a point abandonnée, qui n'a pas

insulté à mes disgrâces, qui n'a point parlé ici longtemps à ma rivale en dédaignant de me voir; qui, s'il m'avait aimée, n'aurait point passé trois jours sans m'écrire.

LORD MURRAY

Ah! croyez que j'aimerais mieux mourir que de mériter le moindre de vos reproches : je n'ai été absent que pour vous, je n'ai songé qu'à vous, je vous ai servie malgré vous; si, en revenant ici, j'ai trouvé cette femme vindicative et cruelle qui voulait vous perdre, je ne me suis échappé un moment que pour prévenir ses desseins funestes. Grand Dieu! moi, ne vous avoir pas écrit!

LINDANE

Non.

LORD MURRAY

Elle a, je le vois bien, intercepté mes lettres : sa méchanceté augmente encore, s'il se peut, ma tendresse; qu'elle rappelle la vôtre. Ah ! cruelle, pourquoi m'avez-vous caché votre nom illustre et l'état malheureux où vous êtes, si peu fait pour un grand nom?

LINDANE

Qui vous l'a dit?

LORD MURRAY, montrant Pollij.

Elle-même, votre confidente.

LINDANE

Quoi! tu m'as trahie?

POLLY

Vous vous trahissiez vous-même ; je vous ai servie.

LINDANE

Eh bien! vous me connaissez : vous savez quelle haine a toujours divisé nos deux maisons; votre père a fait condamner le mien à la mort; il m'a réduite à cet état que j'ai voulu vous cacher. Et vous, son fils! vous! vous osez m'aimer!

LORD MURRAY

Je vous adore, et je le dois. Mon cœur, ma fortune, mon sang est à vous; confondons ensemble deux noms ennemis : j'apporte à vos pieds le contrat de notre mariage; daignez l'honorer de ce nom qui m'est si cher. Puissent les remords et l'amour du fils réparer les fautes du père!

LINDANE

Hélas! et il faut que je parte et que je vous quitte pour jamais!

LORD MURRAY

Que vous partiez! que vous me quittiez! Vous me verrez plutôt expirer à vos pieds. Hélas! daignez-vous m'aimer?

POLLY

Vous ne partirez point, mademoiselle; j'y mettrai bon ordre : vous prenez toujours des résolutions désespérées. Milord, secondez-moi bien.

LORD MURRAY

Eh ! qui a pu vous inspirer le dessein de me fuir, de rendre tous mes soins inutiles?

L'ECOSSAISE, ACTE V, SCÈNE VI

LINDANE

Mon père.

LORD MURRAT.

Voire père? Eh! où est-il? que veut-il? que ne me parlez-vous?

LINDANE

Il est ici : il m'emmène; c'en est fait.

Non, je jure par vous qu'il ne vous enlèvera pas. Il est ici? conduisez-moi à ses pieds.

LINDANE

Ah! milord, gardez qu'il ne vous voie; il n'est venu ici que pour finir ses malheurs en vous arrachant la vie, et je ne fuyais avec lui que pour détourner cette horrible résolution.

LORD MURRAY

La vôtre est plus cruelle : croyez que je ne le crains pas et que je le ferai rentrer en lui-même.

rôtée, qu'on me cherche, que vous pouvez voir demain votre père périr par le dernier supplice?

LINDANK.

Ces mots sont un coup de foudre pour moi : je n'y résiste plus, j'ai honte d'avoir tardé... Cependant j'avais quelque espoir... N'importe, vous êtes mon père, je vous suis. Ah! malheureuse!

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