MATHURIN, DIGNANT, ACANTHE, COLETTE
MATHURIN
Allons, beau-père, allons bâcler la chose.
COLETTE
Vous ne bâclerez rien, non; je m'oppose A ses contrats, à ses noces, à tout.
MATHURIN
Quelle innocente!
COLETTE
Oh ! tu n'es pas au bout.
(A Acanthe.) Gardez-vous bien, s'il vous plaît, ma voisine, De vous laisser enjôler sur sa mine :
Il me trompa quatorze mois entiers.
Chassez cet homme.
ACANTHE
Hélas ! très-volontiers.
MATHURIN
Très-volontiers!... Tout ce train-là me lasser,
Je suis têtu; je veux que tout se passe
A mon plaisir, suivant mes volontés,
Car je suis riche.... Or, beau-père, écoutez :
Pour honorer en moi mon mariage,
Je me décrasse, et j'achète au bailliage
L'emploi brillant de receveur royal
Dans le grenier à sel : ça n'est pas mal.
Mon fils sera conseiller, et ma fille
Relèvera quelque noble famille ;
Mes petits-fils deviendront présidents :
De monseigneur un jour les descendants
Feront leur cour aux miens; et, quand j'y pense,
Je me rengorge et me carre d'avance.
D1GNANT.
Carre-toi bien; mais songe qu'à présent On ne peut rien sans le consentement De monseigneur, il est encor ton maître.
MATHURIN
Et pourquoi ça?
DIGNANT.
Mais c'est que ça doit être.
A tous seigneurs tous honneurs.
COLETTE, à Mathurin.
Oui, vilain.
Il t'en cuira, je t'en réponds.
MATHURIN
Voisin, Notre baillif t'a donné sa folie.
Eh ! dis-moi donc, s'il prend en fantaisie A monseigneur d'avoir femme au logis, A-t-il besoin de prendre ton avis?
DIGNANT.
C'est différent: je fus son domestique De père en fils dans celte terre antique. Je suis né pauvre, et je deviens cassé. Le peu d'argent que j'avais amassé Fut employé pour élever Acanthe.
Notre baillif dit qu'elle est fort savante, Et qu'entre nous son éducation Est au-dessus de sa condition.
C'est ce qui fait que ma seconde épouse, Sa belle-mère, est fâchée et jalouse, Et la maltraite, et me maltraite aussi : De tout cela je suis fort en souci.
Je voudrais bien te donner cette fille, Mais je ne puis établir ma famille Sans monseigneur; je vis de ses bontés, Je lui dois tout; j'attends ses volontés : Sans son aveu nous ne pouvons rien faire.
ACANTHE
Ah ! croyez-vous qu'il le donne, mon père ?
COLETTE
Eh bien ! fripon, tu crois que tu l'auras? Moi, je te dis que tu ne l'auras pas.
MATHURIN
Tout le monde est contre moi; ça m'irrite.