LE DROIT DU SEIGNEUR, ACTE III, SCÈNE II
LE MARQUIS
Je voudrais Un esprit doux, plus que de doux attraits.
J'aimerais mieux le dernier.
LE MARQUIS
La jeunesse, Les agréments n'ont rien qui m'intéresse, ]
LE CHEVALIER
Tant pis.
LE MARQUIS
Je veux affermir ma maison Par un hymen qui soit tout de raison.
LE CHEVALIER
Oui, tout d'ennui.
LE MARQUIS
J'ai pensé que Dormène Serait très-propre à former cette chaîne.
LE CHEVALIER
Notre Dormène est bien pauvre.
LE MARQUIS
Tant mieux.
C'est un bonheur si pur, si précieux, De relever l'indigente noblesse, De préférer l'honneur à la richesse!
C'est l'honneur seul qui chez nous doit former Tout notre sang; lui seul doit animer Ce sang reçu de nos braves ancêtres, Qui dans les camps doit couler pour ses maîtres.
Je pense ainsi : les Français libertins
Sont gens d'honneur. Mais, dans vos beaux desseins,
Vous avez donc, malgré votre réserve,
Un peu d'amour? i
LE MARQUIS
Qui, moi? Dieu m'en préserve!
11 faut savoir être maître chez soi; Et si j'aimais, je recevrais la loi.
Se marier par amour, c'est folie.
LE CHEVALIER
Ma foi, marquis, votre philosophie Me paraît toute à rebours du bon sens; Pour moi, je crois au pouvoir de nos sens; Je les consulte en tout, et j'imagine Que tous ces gens si graves par la mine, Pleins de morale et de réflexions, Sont destinés aux grandes passions.
Les étourdis esquivent l'esclavage, Mais un coup d'œil peut subjuguer un sage.
LE MARQUIS
Soit, nous verrons.
LE CHEVALIER
Voici d'autres époux; Voici la noce ; allons, égayons-nous.' C'est Mathurin, c'est la gentille Acanthe, C'est le vieux père, et la mère, et la tante, C'est le bailli f, Colette, et tout le bourg.