LE DROIT DU SEIGNEUR, ACTE III, SCÈNE VI
Il faut premier que monseigneur l'honore D'un entretien- selon les nobles us En ce chàtel de tous les temps reçus.
MATHUfilN.
Ces maudits us, quels sont-ils?
LE BAILLIF
L'épousée Sur une chaise est sagement placée ; Puis monseigneur, dans un fauteuil à bras, Vient vis-à-vis se camper à six pas.
MATHURIX.
Quoi ! pas plus loin?
C'est la règle.
MATHDRIN.
Et puis après?
Allons, passe.
LE BAILLIF
Monseigneur avec grâce Fait un présent de bijoux, de rubans, Comme il lui plait.
MATHURIX.
Passe pour les présents.
LE BAILLIF
Puis il lui parle; il vous la considère; Il examine à fond son caractère; Puis il l'exhorte à la vertu.
MATHURIN
Fort bien ; Et quand finit, s'il vous plait, l'entretien?
LE BAILLIF
Expressément la loi veut qu'on demeure Pour l'exhorter l'espace d'un quart d'heure.
MATHURIX.
Un quart d'heure est beaucoup. Et le mari Peut-il au moins se tenir près d'ici Pour écouter sa femme?
La loi porte Que, s'il osait se tenir à la porte, Se présenter avant le temps marqué, Faire du bruit, se tenir pour choqué, S'émanciper à sottises pareilles, On fait couper sur-le-champ ses oreilles.
MATHURIX.
La belle loi! les beaux droits que voilà! Et ma moitié ne dit mot à cela?
ACAXTHE.
Moi, j'obéis, et je n'ai rien à dire.
LE BAILLIF
Déniche; il faut qu'un mari se retire : Point de raisons.
MATHURIN, sortant.
Ma femme heureusement N'a point d'esprit; et son air innocent, Sa conversation ne plaira guère.
LE BAILLIF
Veux-tu partir?
MATHURIX. •
Adieu donc, ma très-chère ; Songe surtout au pauvre Mathurin, Ton fiancé.
(Il sort.)
ACANTHE
J'y songe avec chagrin.
Quelle sera cette étrange entrevue?
La peur me prend; je suis tout éperdue.
Asseyez-vous; attendez en ce lieu
Un maître aimable et vertueux. Adieu.