LE DROIT DU SEIGNEUR, ACTE III, SCÈNE IV
Et les travaux d'un serviteur fidèle.
Votre sagesse à mes yeux satisfaits Augmente encor le prix de vos attraits. Comptez,, amis, qu'en faveur de la fille, Je prendrai soin de toute la famille.
COLETTE
Et de moi donc ?
LE MARQUIS
De vous, Colette, aussi.
Cher chevalier, retirons-nous d'ici ; Ne troublons point leur naïve allégresse.
LE BAILLIF
Et votre droit, monseigneur! le temps presse.
MATHURIN
Quel chien de droit! Ah! me voilà perdu.
COLETTE
Va, tu verras.
BERTHE
Mathurin, que crains-tu?
LE MARQUIS
Vous aurez soin, baillif, en homme sage, D'arranger tout suivant l'antique usage : D'un si beau droit je veux m'autoriser Avec décence, et n'en point abuser.
Ah! quel Caton ! mais mon Caton, je pense, La suit des yeux et non sans complaisance. Mon cher cousin.....
LE MARQUIS
Eh bien?
LE CHEVALIER
Gageons tous deux Que vous allez devenir amoureux.
LE MARQUIS
Moi, mon cousin!
LE CHEVALIER
Oui, vous.
LE MARQUIS
L'extravagance !
LE CHEVALIER
Vous le serez; j'en ris déjà d'avance.
Gageons, vous dis-je, une discrétion.
LE MARQUIS
Soit.
LE CHEVALIER
Vous perdrez.
LE MARQUIS
Soyez bien sûr que non.
LE BAILLIF, LES PRÉCÉDENTS, moins le marquis et le chevalier.
MATHURIN
Que disent-ils?
LE BAILLIF
Ils disent que sur l'heure Chacun s'en aille et qu'Acanthe demeure.
MATHURIN
Moi , que je sorte !
LE BAILLIF
Oui, sans doute.
COLETTE
Oui, fripon.
Oh! nous aimons la loi, nous.
MATHURIN, au baillif.
Mais doit-on...?
BERTHE
Eh quoi, benêt, te voilà bien à plaindre !
DIGNANT.
Allez, d'Acanthe on n'aura rien à craindre; Trop de vertu règne au fond de son cœur; Et notre maître est tout rempli d'honneur.
(A Acanthe.) Quand près de vous il daignera se rendre. Quand sans témoin il pourra vous entendre, Remettez-lui ce paquet cacheté :
(Lui donnant des papiers cachetés.)
C'est un devoir de votre piété ;
N'y manquez pas 0 fille toujours chère
Embrassez-moi.
ACANTHE
Tous vos ordres, mon père, Seront suivis; ils sont pour moi sacrés; Je vous dois tout... D'où vient que vous pleurez?
DIGNANT.
Ah! je le dois... de vous je me sépare, C'est pour jamais; mais si le ciel avare, Qui m'a toujours refusé ses bienfaits, Pouvait sur vous les verser désormais, Si votre sort est digne de vos charmes, Ma chère enfant, je dois sécher mes larmes.
BERTHE
Marchons, marchons; tous ces beaux compliments Sont pauvretés qui font perdre du temps. Venez, Colette.
COLETTE, à Acanthe.
Adieu, ma chère amie.
Je recommande à votre prud'homie Mon Mathurin ; vengez-moi des ingrats.
ACANTHE
Le cœur me bat... Que deviendrai-je? hélas!