‹ Théâtre completChapitre 1375 sur 1720 · LE MARQUIS, LE CHEVALIER · texte numérisé non relu

LE MARQUIS, LE CHEVALIER

LE CHEVALIER, de loin, se cachant le visage. Ah! monsieur.

LE MARQUIS

Est-ce vous?

Vous, malheureux!

LE CHEVALIER

Je tombe à vos genoux....

LE MARQUIS

Qu'avez-vous fait?

Une faute, une offense, Dont je ressens l'indigne extravagance, Qui pour jamais m'a servi de leçon, Et dont je viens vous demander pardon.

LE MARQUIS

Vous! des remords! vous! est-il bien possible?

LE CHEVALIER

Rien n'est plus vrai.

LE MARQUIS

Votre faute est horrible Plus que vous ne pensez; mais votre cœur Est-il sensible à mes soins, à l'honneur, A l'amitié? vous sentez-vous capable D'oser me faire un aveu véritable, Sans rien cacher?

LE CHEVALIER

Comptez sur ma candeur :

Je suis un libertin, mais point menteur ; Et mon esprit, que le trouble environne, Est trop ému pour abuser personne.

LE MARQUIS

Je prétends tout savoir.

LE CHEVALIER

Je vous dirai Que, de débauche et d'ardeur enivré, Plus que d'amour, j'avais fait la folie De dérober une fille jolie Au possesseur de ses jeunes appas, Qu'à mon avis il ne mérite pas.

Je l'ai conduite à la foret prochaine, Dans ce château de Laure et de Dormène : C'est une faute, il est vrai, j'en convien; Mais j'étais fou, je ne pensais à rien. Cette Dormène,ret Laure, sa compagne, Étaient encor bien loin dans la campagne : En étourdi je n'ai point perdu temps; J'ai commencé par des propos galants.

Je m'attendais aux communes alarmes, Aux cris perçants, à la colère, aux larmes; Mais qu'ai -je vu! la fermeté, l'honneur, L'air indigné, mais calme avec grandeur: Tout ce qui fait respecter l'innocence S'armait pour elle et prenait sa défense. J'ai recouru, dans ces premiers moments, A l'art de plaire, aux égards séduisants, Aux doux propos, à cette déférence Qui fait souvent pardonner la licence; Mais, pour réponse, Acanthe à deux genoux M'a conjuré de la rendre chez vous; Et c'est alors que ses yeux moins sévères Ont répandu des pleurs involontaires.

LE MARQUIS

Que dites-vous?

LE CHEVALIER

Elle voulait en vain Me les cacher de sa charmante main :

Dans cet état, sa grâce attendrissante Enhardissait mon ardeur imprudente ; Et, tout honteux de ma stupidité, J'ai voulu prendre un peu de liberté.

Ciel! comme elle a tancé ma hardiesse!

Oui, j'ai cru voir une chaste déesse Qui rejetait de son auguste autel L'impur encens qu'offrait un criminel.

LE MARQUIS

Ah! poursuivez.

Comment se peut-il faire Qu'ayant vécu presque dans la misère, Dans la bassesse et dans l'obscurité, Elle ait cet air et cette dignité, Ces sentiments, cet esprit, ce langage, Je ne dis pas au-dessus du village, De son état, de son nom, de son sang, Mais convenable au plus illustre rang?

Non, il n'est point de mère respectable Qui, condamnant l'erreur d'un fils coupable, Le rappelât avec plus de bonté A la vertu dont il s'est écarté;

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