CHARLOT, ACTE II, SCENE II
Développez un cœur qui se cache à regret. Le marquis est haï.
JULIE
Tout autant qu'haïssable :
C'est une aversion qui n'est pas surmon table. A sa mère, après tout, je ne puis l'avouer. De quinze ans de bontés je dois trop me louer: Je percerais son cœur d'une atteinte cruelle; Je ne puis la tromper ni m'ouvrir avec elle. Voilà mes sentiments, mes chagrins et mes vœux.
MADAME AUBONNE
Ce mariage-là fera des malheureux.
Ah! comment nous tirer du fond du précipice?
JULIE
Et moi, que devenir, comment faire, nourrice? Tu ne me réponds point, tu rêves tristement, Ma chère Aubonne !
MADAME AUBONNE
Hélas!
Pourrais -tu prudemment Engager la comtesse à différer la chose? Tu sais la gouverner : ton avis en impose; Par tes discours flatteurs tu pourrais l'amener A me laisser le temps de me déterminer. Mais réponds donc.
MADAME AUBONNE
Hélas!... oui, ma belle Julie...
(En pleurant.) Votre demande est juste.... elle sera remplie.