MADAME AUBONNE, CHARLOT, JULIE
JULIE
Enfin je le verrai, ce charmant Henri quatre, Ce roi brave et clément qui sait plaire et combattre, Qui conquit à la fois son royaume et nos cœurs, Pour qui Mars et l'Amour n'ont point eu de rigueurs? Et qui sait triompher, si j'en crois les nouvelles, Des ligueurs, des Romains, des héros et des belles. CHARLOT, dans un coin. [moi.
Elle aime ce grand homme; elle est lout comme
Lisette à me parer a réussi, je croi.
Comment me trouvez-vous?
MADAME AUBONNE
Très-belle et très-bien mise.
Vous seriez peu fâchée, excusez ma franchise, D'essayer taut d'appas et d'arrêter les yeux D'un héros couronné, partout victorieux.
JULIE
Oui, ses yeux seulement.... il a le cœur fort tendre; On me l'a dit du moins..,, je n'y veux point préten- Je ne veux avoir l'air ni prude ni coquet.... [dre; Eh! mon Dieu! j'aperçois qu'il me manque un boucharlot. [quet.
Un bouquet! allons vite.
(Il sort.)
MADAME AUBONNE
Eh bien! belle Julie, Ce grand prince ici même aujourd'hui vous marie; Il signera du moins le contrat projeté, Qui sera par madame avec vous présenté. Vous semblez n'y penser qu'avec indifférence, Et je crois entrevoir un peu de répugnance.
JULIE
Hélas ! comment veut-on que mon cœur soit touché, Qu'il se donne à celui qui ne l'a point cherché? Par la digne comtesse en ces murs élevée, Conduite par vos soins, à son fils réservée, Je n'ai jamais dans lui trouvé jusqu'à ce jour Le moindre sentiment qui ressemble à l'amour; Il n'a jamais montré ces douces complaisances Qui d'un peu de tendresse auraient les apparences. -Il est sombre, il est dur, il me doit alarmer ; Il ose être jaloux et ne sait point aimer. J'aime avec passion sa vertueuse mère : Le fils me fait trembler; quel triste caractère! Ses airs, et son ton brusque, et sa grossièreté Affligent vivement ma sensibilité.
D'un noir pressentiment je ne puis me défendre. La nature me fit une âme honnête et tendre. J'aurais voulu chérir mon mari.
MADAME AU DONNE
Parlez net;