JUL1F
Ma bonne, à quel mari je me verrais livrée ! Allez, votre colère est trop prématurée. Je n'ai point de reproche à recevoir de vous ; Et je n'aurai jamais un tyran pour époux.
MADAME AUBOXXE.
Eh bien! vous méritez une telle algarade.
Vous vous faites haïr... Monsieur, prenez-y garde;
Vous n'êtes ni poli, ni bon, ni circonspect:
Vous deviez à Julie un peu plus de respect,
Plus d'égards à Chariot, à moi plus de tendresse;
Mais...
LE MARQUIS
Quoi! toujours Chariot! que tout cela me blesse! Sortez, et devant moi ne paraissez jamais.
JULIE
Mais, monsieur...
LE MARQUIS , menaçant Chariot, Si...
CHARLOT
Quoi ? si ?
MADAME AUBOXXE, se mettant entre deux.
Mes enfants, paix! paix! paix!
Eh, mon Dieu ! je crains tout.
LE MARQUIS
Sors d'ici tout à l'heure.
Je te l'ordonne.
JULIE
Et moi, j'ordonne qu'il demeure.
CHARLOT
A tous les deux, monsieur, je sais ce que je doi ;
(En regardant Julie.)
Mais enfin j'ai fait vœu de suivre en tout sa loi.
LE MARQUIS
Ah! c'en est trop, faquin.
CHARLOT
C'en est trop, je l'avoue; Et sur votre alphabet je doute qu'on vous loue. Il parait que le lait dont vous fûtes nourri Dans votre noble sang s'est un peu trop aigri. De vos expressions j'ai l'àme assez frappée. A mon côté, monsieur, si j'avais une épée, Je crois que vous seriez assez sage, assez grand, Pour m'épargner peut-être un si doux compliment.
LE MARQUIS
Quoi! misérable...
JULIE
Encore!
MADAME AUBOXXE.
Allez, mon fils, de grâce, Ne l'effarouchez point, et quittez-lui la place : Tout ira bien ; cédez, quoique très-offensé.
CHARLOT
Ma mère.... j'obéis.... mais j'ai le cœur percé.
(// sort.) MADAME AUBOXXE.
Ah! c'en est fait, mon sang se glace dans mes vei-
julie. [nés.
Mon sang, ma chère amie, est bouillant dans les le marquis. [miennes.
Dans ce nouveau combat du froid avec le chaud, Me retirer en hâte est, je crois, ce qu'il faut; Je n'aurais pas beau jeu : c'est une étrange affaire De combattre à la fois deux femmes en colère.