SCÈNE YII
Les précédents, L'INTENDANT.
l'intendant.
Non, il n'en est plus temps.
MADAME AUBONNE
Juste ciel que j'implore!
l'intendant.
Il n'a pas à ce coup survécu d'un moment. Cachons bien à sa mère un si triste accident.
MADAME AUBONNE, en pleurant.
Les pierres parleront, si nous osons nous taire.
l'intendant.
C'est fort loin du château que cette horrible affaire Sous mes yeux s'est passée ; et presque au même ins- Pour préparer madame à cet événement, [tant? J'empêche, sijepuis, qu'on n'entre et qu'on ne sorte, Je fais lever les ponts, je fais fermer la porte. Madame heureusement se retire en secret, Dans ce moment fatal, au fond d'un cabinet, Où tout ce bruit affreux ne peut se faire entendre. Ne blessons point un cœur si sensible et si tendre; Épargnons une mère.
JULIE
Hélas ! à quel état Sera-t-elle réduite après cet attentat? [être.
Je plains son fils.... Le temps l'aurait changé peut-
l'intendant.
Il était bien méchant; mais il était mon maître.
Quelle mort ! et par qui !
l'intendant.
Dans quel temps, juste ciel!
Dans le plus beau des jours, dans le plus solennel, Quand le roi vient chez nous !
JULIE
Hélas! ma pauvre Aubonne, Que deviendra Chariot?
l'intendant.
Peut-être sa personne Aux mains de la justice est livrée à présent.
JULIE
Ce garçon n'a rien fait qu'à son corps défendant ; La justice est injuste.
l'intendant.
Ah ! les lois sont bien dures.
BABET, à Guillot, Chariot serait perdu !
GUILLOT
Ce sont des aventures Qui font bien de la peine, et qu'on ne peut prévoir ; On est gai le matin, on est pendu le soir.
BABET
Mais le marquis est-il tout à fait mort?
l'intendant.
Sans doute;
Le médecin l'a dit.
Plus de ressource?
GUILLOT, à Babet.
Écoule;
I en disait de moi l'an passé tout autant;
II croyait m'enterrer, et me voilà pourtant.
l'intendant.
Non, vous dis-je, il est mort, il n'estplus d'espérance. Mes enfants, au logis gardez bien le silence.
GUILLOT
Je gage que sa mère a déjà tout appris.
MADAME AUBONNE
J'en mourrai... mais allons, le dessein en est pris.
(Elle sort,) BABET.
Ah ! j'entends bien dubruit et des cris chez madame.
GUILLOT
On n'a jamais gardé le silence.
JULIE
Mon âme D'une si bonne mère éprouve les douleurs. Courons, allons mêler nos larmes à ses pleurs.