‹ Théâtre completChapitre 1406 sur 1720 · JULIE, L'INTENDANT · texte numérisé non relu

JULIE, L'INTENDANT

JULIE

Ah! je respire enfin... Madame évanouie Reprend un peu ses sens et sa force affaiblie ; Ses femmes à l'envi, les miennes, tour à tour, Rendent ses yeux éteints à la clarté du jour. Faut-il qu'en cet état la nourrice fidèle, Devant la secourir, ne soit pas auprès d'elle ! Vainement je la cherche, on ne la trouve pas.

i/lNTENDANT.

Elle éprouve elle-même un funeste embarras;

Par une fausse porte elle s'est éclipsée :

Je prends part aux chagrins dont elle est oppressée

Elle est, pour son malheur, mère du meurtrier.

JULIE

Pourquoi nous fuir? pourquoi de nous se défier? Le roi viendra bientôt : son seul aspect fait grâce, Son grand cœur doit la faire.

On peut punir l'audace D'un bourgeois champenois qui tue un grand seigneur :

L'exemple est dangereux après ces temps d'horreur, Où l'État, déchiré par nos guerres civiles, Vit tous les droits sans force, et les lois inutiles. A peine nous sortons de ces temps orageux. Henri, qui fait sur nous briller des jours heureux, Veut que la loi gouverne, et non pas qu'on la brave.

JULIE

Non, le brave Henri ne peut punir un brave. Je suis la cause, hélas! de cet affreux malheur; Ne me reprochant rien, dans ma simple candeur, J'ai cru qu'on n'avait point de reproche à me faire. Ce malheureux marquis, dans sa sotte colère, Se croyant tout permis, a forcé cet enfant A tuer son seigneur, et fort innocemment. Je saurai recourir à la clémence auguste, Aux bontés de ce roi galant autant que juste. Je n'avais répété ce menuet que pour lui; Il y sera sensible, il sera notre appui.

l'intendant.

Dieu le veuille !

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