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LE DEPOSITAIRE, ACTE I, SCÈNE II

NINON

Fort bien.

M. GARANT

Sans ma prudence, Sans mon crédit...

NINON

Encor !

M. GARANT

L'œuvre aurait pu, je pense, Souffrir un grand déchet; mais j'ai tout réparé.

LE JEUNE GOURVILLE

Ali! tout Paris en parle et vous en sait bon gré. m. garant. [frances

Les pauvres sont d'ailleurs si pauvres! leurs souf- Me percent tant le cœur, que de leurs doléances Je m'afflige toujours.

NINON

Il faut les secourir; C'est un devoir sacré.

M. GARANT

Leurs maux me font souffrir.

LE JEUNE GOURVILLE

Vous régissez si bien leur petite finance.

Que les pauvres bientôt seront dans l'opulence.

NINON

Çà, monsieur l'aumônier, vous savez que céans 11 est, ainsi qu'ailleurs, de jeunes indigents ; Ils sont rcommandés à vos nobles largesses. Vous n'avez pas, sans doute, oublié vos promesses?

M. GARANT

Vous savez que mon cœur est toujours pénétré Des extrêmes bontés dont je fus honoré Par ce parfait ami, ce cher monsieur Gour ville, Si bon pour ses amis... qui fut toujours utile A tous ceux qu'il aima... qui fut si bon pour moi, Si généreux!... je sais tout ce que je lui doi. L'honneur, la probité, l'équité, la justice, Ordonnent qu'un ami sans réserve accomplisse Ce qu'un ami voulait.

NINON

Ah ! que c'est parler bien !

11 est fort éloquent.

M. GARANT

Que dites-vous là?

LE JEUNE GOURVILLE

Rien.

NINON, le contrefaisant.

Je me flatte, je crois, je suis persuadée, Je me sens convaincue, et surtout j'ai l'idée Que vous rendrez bientôt les deux cent mille francs A votre ami si cher, es mains de ses enfants.

M. GARANT

Madame, il faut payer ses dettes légitimes,

Et les moindres délais en ce cas sont des crimes;

L'honneur, la probité, le sens, et la raison,

Demandent qu'on s'applique avec attention

A remplir ses devoirs, à ne nuire à personne, [ne,

A voir quand et comment, à qui, pourquoi l'on don-

A bien considérer si le droit est lésé, Si tout est bien en ordre.

NINON

Eh! rien n'est plus aisé...

Des deux cent mille francs n'ctes-vous pas le mai-

M. GARANT. [tre?

Oh, oui! son testament le fait assez connaître. Je dois les recevoir en louis trébuchants.

Eh bien! à chacun d'eux donnez cent mille francs.

LE JEUNE GOURVILLE

Le compte est clair et net.

M. GARANT

Oui, cette arithmétique Est parfaite en son genre et n'a point de. réplique*; Égales portions.

NINON

Par cette égalité Vous assurez la paix de leur société.

M. GARANT

Soyez sûre que l'un n'aura pas plus que l'autre, Quand j'aurai tout réglé.

NINON

Quelle idée est la vôtre!

Tout est réglé, monsieur

M. GARANT

Il faudra mûrement Consulter sur ce cas quelque avocat savant, Quelque bon procureur,, quelque habile notaire, Qui puisse prévenir toute fâcheuse affaire. Il faut fermer la bouche aux malins héritiers, Qui pourraient méchamment répéter les deniers.

LE JEUNE GOURVILLE

Mon père n'en a point.

M. GARANT

Hélas! dès qu'on enterre Un vieillard un peu riche, il sort de dessous terre Mille collatéraux qu'on ne connaissait pas. Voyez que de chagrins, de peines, d'embarras, Si jamais il fallait que, par quelque artifice, J'éludasse les lois de la sainte justice ! L'honneur, vous le savez, qui doit conduire tout...

NINON

Le véritable honneur est très-fort de mon goût,

Mais il doit écarter ces craintes ridicules.

Il est de certains cas où j'ai peu de scrupules.

M. GARANT

J'en suis persuadé, madame, je le crois; C'est mon opinion... mais la rigueur des lois, De ces collatéraux les plaintes, les murmures, Et les prétentions avec les procédures

NINON

Ayez des procédés, je réponds du succès.

LE JEUNE GOURVILLE

Ce n'est point là du tout une affaire à procès.

M. GARANT

Vous ne connaissez pas, madame, les affaires,

[tères.

Leurs, détours, leurs dangers, les lois et leurs mys-

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