‹ Théâtre completChapitre 1422 sur 1720 · LE DÉPOSITAIRE, ACTE II, SCÈNE III · texte numérisé non relu

LE DÉPOSITAIRE, ACTE II, SCÈNE III

Que déjà son beau style a passé jusqu'à toi.

GOURVILLE L'AÎNÉ

11 met discrètement la paix dans les familles; 11 garde la vertu des garçons et des filles : Je voudrais jusqu'à lui, s'il se peut, m'exalter. Allez dans le beau monde; allez vous y jeter, Plongez-vous jusqu'au cou dans l'ordure brillante De ce monde effréné dont l'éclat vous enchante; Moquez-vous plaisamment des hommes vertueux; Nagez dans les plaisirs, dans ces plaisirs honteux, Ces plaisirs dans lesquels tout le jour se consume, Et la douceur desquels produit tant d'amertume.

LE JEUNE GOURVILLE

Pas tant.

GOURVILLE L'AÎNÉ

Allez, je sais tout ce qu'il faut savoir. J'ai bien lu.

LE JEUNE GOURVILLE

Va, lis moins, mais apprends à mieux voir.

Tu pourras tout au plus quelque jour l'aire un livre.

Mais dis-moi, mon pauvre homme, avec qui peux-

gouiwille l'aîné. [tu vivre?

Avec personne.

LE JEUNE GOURVILLE

Quoi ! tout seul dans un désert?

GOURVILLE L'AÎNÉ

Oh! je fréquenterai souvent madame Aubert.

le jeune gourville, riant.

Madame Aubert!

GOURVILLE L'AÎNÉ

Eh oui! madame Aubert.

LE JEUNE GOURVILLE

Parente Du marguiliier Garant?

Oui, pieuse et savante, D'un esprit transcendant, d'un mérite accompli.

LE JEUNE GOURVILLE

La connais-tu?

GOURVILLE L'AÎNÉ

Non; mais son logis est rempli Des gens les plus versés dans les vertus pratiques. Elle connaît à fond tous les auteurs mystiques; Elle reçoit souvent les plus graves docteurs, Et force gens de bien qu'on ne voit point ailleurs.

LE JEUNE GOURVILLE

Madame Aubert t'attend?

GOURVILLE L'AÎNÉ

Oui : mon tuteur fidèle, Monsieur Garant, me mène enfin dîner chez elle.

LE JEUNE GOURVILLE

Chez sa cousine?

GOURVILLE L'AÎNÉ

Eh! oui.

LE JEUNE GOURVILLE

Cette femme de bien?

GOURVILLE L'AÎNÉ

Elle-même; et je veux, après cet entretien, Ne hanter désormais que de tels caractères,

Des dévots éprouvés, secs, durs, atrabilaires. Je ne veux plus vous voir; et je préfère un trou, Un ermitage, un antre...

LE JEUNE GOURVILLE, en l'embrassant.

Adieu, mon pauvre fou.

Page 1