LE DÉPOSITAIRE, ACTE II, SCÈNE III
Que déjà son beau style a passé jusqu'à toi.
GOURVILLE L'AÎNÉ
11 met discrètement la paix dans les familles; 11 garde la vertu des garçons et des filles : Je voudrais jusqu'à lui, s'il se peut, m'exalter. Allez dans le beau monde; allez vous y jeter, Plongez-vous jusqu'au cou dans l'ordure brillante De ce monde effréné dont l'éclat vous enchante; Moquez-vous plaisamment des hommes vertueux; Nagez dans les plaisirs, dans ces plaisirs honteux, Ces plaisirs dans lesquels tout le jour se consume, Et la douceur desquels produit tant d'amertume.
LE JEUNE GOURVILLE
Pas tant.
GOURVILLE L'AÎNÉ
Allez, je sais tout ce qu'il faut savoir. J'ai bien lu.
LE JEUNE GOURVILLE
Va, lis moins, mais apprends à mieux voir.
Tu pourras tout au plus quelque jour l'aire un livre.
Mais dis-moi, mon pauvre homme, avec qui peux-
gouiwille l'aîné. [tu vivre?
Avec personne.
LE JEUNE GOURVILLE
Quoi ! tout seul dans un désert?
GOURVILLE L'AÎNÉ
Oh! je fréquenterai souvent madame Aubert.
le jeune gourville, riant.
Madame Aubert!
GOURVILLE L'AÎNÉ
Eh oui! madame Aubert.
LE JEUNE GOURVILLE
Parente Du marguiliier Garant?
Oui, pieuse et savante, D'un esprit transcendant, d'un mérite accompli.
LE JEUNE GOURVILLE
La connais-tu?
GOURVILLE L'AÎNÉ
Non; mais son logis est rempli Des gens les plus versés dans les vertus pratiques. Elle connaît à fond tous les auteurs mystiques; Elle reçoit souvent les plus graves docteurs, Et force gens de bien qu'on ne voit point ailleurs.
LE JEUNE GOURVILLE
Madame Aubert t'attend?
GOURVILLE L'AÎNÉ
Oui : mon tuteur fidèle, Monsieur Garant, me mène enfin dîner chez elle.
LE JEUNE GOURVILLE
Chez sa cousine?
GOURVILLE L'AÎNÉ
Eh! oui.
LE JEUNE GOURVILLE
Cette femme de bien?
GOURVILLE L'AÎNÉ
Elle-même; et je veux, après cet entretien, Ne hanter désormais que de tels caractères,
Des dévots éprouvés, secs, durs, atrabilaires. Je ne veux plus vous voir; et je préfère un trou, Un ermitage, un antre...
LE JEUNE GOURVILLE, en l'embrassant.
Adieu, mon pauvre fou.