ACTE II, SCENE III
Pour l'honneur du Marais.
M. GARANT
Il faut premièrement Détourner loin de nous ce scandale impudent, Mais avec l'air honnête, avec toute décence, Avec tous les dehors que veut la bienséance : Nous avons concerté que de cette maison Vous feriez pour un tiers une donation, Un acte bien secret que je pourrais vous rendre. Armé de cet écrit, je puis tout entreprendre. Je ne m'emparerai que de votre logis, Et vous aurez vos droits sans être compromis.
GOURVILLE L'AÎNÉ
Oui, l'idée est profonde; oui, les dévots, les sages, Sur le reste du monde ont de grands avantages. Je signerai demain.
M. GARANT
Ce soir, votre cadet Pieviendra vous braver comme il l'a toujours fait. Tout se moque de vous, laquais, cocher, servante : Us traitent la vertu de chose impertinente.
GOURVILLE L'AÎNÉ
La vertu !
M. GARANT
Vraiment oui. Toujours un marguillier À soin d'avoir en poche encre, plume, papier. Venez, l'acte est dressé. Cet honnête artifice Est, comme vous voyez, dans l'exacte justice. Signez sur mon genou.
(Il lève son genou.) GOURVILLE L'AÎNÉ, en signant.
Je signe aveuglément, Et crois n'avoir jamais rien fait de si prudent.
M. GARANT
Je rédigerai tout dès ce soir par notaire.
GOURVILLE LAÎNÉ
Vous êtes, je le vois, très-actif en affaire.
Vous pouvez du logis sortir dès à présent.
GOURVILLE L'AÎNÉ
Oui.
M. GARANT
Donnez-moi la clef de votre appartement.
GOURVILLE L'AÎNÉ
La voilà.
M. GARANT
Tout est bien; et puis chez ma cousine, Chez la savante Aubert, notre illustre voisine... Nous irons faire ensemble un dîner familier.
• GOURVILLE L'AÎNÉ
Vous m'enchantez!
M. GARANT
Elle est la perle du quartier.
Il est dans sa maison de doctes assemblées, Des conversations utiles et réglées; Il y doit aujourd'hui venir quelques docteurs, Des savants pleins de grec, de brillants orateurs, Avec quelques abbés; gens de l'Académie :