‹ Théâtre completChapitre 1427 sur 1720 · NINON, M. GARANT · texte numérisé non relu

NINON, M. GARANT

NINON

Quelle mauvaise humeur!

x semble en me parlant qu'il soit rempli d'aigreur! En savez-vous la cause?

M. GARANT

Eh! oui, je suis sincère; La cause est en effet son méchant caractère.

NINON

Je savais qu'il était et bizarre et pédant,

Mais je'ne croyais pas qu'il eût le cœur méchant.

M. GARANT

Allez, je m'y connais ; vous pouvez être sûre [dure. Qu'il n'est point d'âme au fond plus ingrate et plus

Il est vrai qu'en effet de mon petit présent Il n'a pas daigné faire un seul remcrcîmcnt; Mais c'est distraction, manque de savoir-vivre, Et pour l'instruire mieux le monde est un grand

M. GARANT. [livre.

Je vous dis que son cœur est pour jamais gâté, Endurci, gangrené, méchant.... au mal porté; Faux.... avec fausseté; ses allures secrètes, Sombres....

ninon, riant.

Vous prodiguez assez les épithètes.

M. GARANT

Il ne peut vous souffrir. Il vient de s'engager A vendre sa maison pour vous en déloger.... Vous en riez?

NINON

La chose est-elle bien certaine?

M. GARANT

J'en suis témoin; j'ai vu cet effet de sa haine : J'en ai vu l'acte en forme au notaire porté: C'est l'usage qu'il fait de sa majorité. Quel homme !

NINON

Ce n'est rien, n'en soyez point en peine ; Cela s'ajustera.

M. GARANT

Craignez tout de sa haine.

NINON

Ce mauvais procédé ne lui peut réussir.

De cette ingratitude il faut le bien punir, Qu'il sorte de chez vous.

NINON

Peut-être il le mérite.

M. GARANT

Pour moi, je l'abandonne et je le déshérite; De ses cent mille francs il n'aura, ma foi, rien.

NINON

S'ils dépendent de vous, monsieur, je le crois bien,

M. GARANT

Qu e nous sommes à plaindre ! un bon ami nous laisse De ses deux chers enfants à guider la jeunesse : L'un est un garnement, turbulent, effronté, A la perdition par le vice emporté; L'autre est fourbe, perfide, ingrat, atrabilaire, Dur, méchant.... De tous deux il nous faudra défaire*

NINON

Me le conseillez-vous?

M. GARANT

Ce doit être l'avis De tous les gens d'honneur et de vos vrais amis; Prenez un parti sage.... Écoutez.... cette caisse Dont vous avez tantôt fait si prompte largesse* Était-elle bien pleine autrefois?

Page 1