LISETTE, PICARD
Kh bien! Picard, sais-tu la plaisante nouvelle?
PICARD
Je n'ai jamais rien su le premier : quelle est-elle?
LISETTE
Notre maîtresse enfin s'en va prendre un mari.
PICARD
Ma foi, j'en ai le cœur tout à fait réjoui. Ah! c'est donc pour cela que madame est sortie ! C'est pour se marier.... J'ai souvent même envie, Tu le sais; et je crois que nous devons tous deux Suivre un si digne exemple.
LISETTE
Ah! Picard, ces beaux nœuds Sont faitspour les messieurs qui sont dansl'opulen- Peu de chose avec rien ne fait pas de l'aisance ; [ce ; Et nous sommes trop gueux, Picard, pour être unis. Le mari de madame aujourd'hui m'a promis De faire ma fortune.
PICARD
Est-il bien vrai, Lisette ?
LISETTE
Et je t'épouserai dès qu'elle sera faite.
PICARD
Bon! attendons-nous-y 1 quand le bien te viendra, D'autres amants viendront; tu me planteras là: Des filles de Paris je connais trop l'allure; Elles n'épousent point Picard.
LISETTE
Va, je te jure Que les honneurs chez moi ne changent point les
[mœurs ; Je t'aime, et je ne puis être contente ailleurs.
PICARD
Allons, il faudra donc se résoudre d'attendre. Et quel est ce monsieur que madame va prendre?
LISETTE
La peste! c'est un homme extrêmement puissant, Marguillier de paroisse, ayant beaucoup d'argent; Sur son large visage on voit tout son mérite; Homme de bon conseil, et qui souvent hérite De gens qui ne sont pas seulement ses parents. Il a toujours, dit-on, vécu de ses talents; 11 est le directeur de plus de vingt familles: Il peut faire aisément beaucoup de bien aux filles. C'est ce monsieur Garant qui vient dans la maison.
PICARD
Bon! l'on m'a dit à moi qu'il est gueux et fripon.
LISETTE
Eh bien! que fait cela? cette friponnerie N'empêche pas, je crois, qu'un homme se marie.
11 m'a promis beaucoup.
PICARD
Plus qu'il ne te tiendra...
Quoi! c'est lui qu'aujourd'hui madame épousera?
LISETTE
Rien n'est plus vrai, Picard.
C'est lui que madame aime?
LISETTE
Je n'en saurais douter.
PICARD
Qui te l'a dit?
LISETTE
Lui-même.
J'ai de plus entendu des mots de leurs discours; Picard, ils se juraient d'éternelles amours. Pour revenir bientôt ce monsieur l'a quittée; Et madame aussitôt en carrosse est montée.
PICARD
Mon Dieu, comme en amour on va vite à présent! Je ne l'aurais pas cru : car, vois-tu, j'ai souvent Entendu ma maîtresse avec un beau langage Se moquer, en riant, des lois du mariage.
LISETTE
Tout change avec le temps: on ne rit pas toujours; On devient sérieux au déclin des beaux jours. La femme est un roseau que le moindre vent plie ; Et bientôt il lui faut un soutien qui l'appuie.
PICARD
Quand t'appuierai-je donc?
LISETTE
Va, nous attendrons bien Que madame ait choisi monsieur pour son soutien.
Mais que va devenir Gourville avec son frère?
LISETTE
Je pense que l'aîné va dans un monastère; L'autre sera, je crois, cornette ou lieutenant. Chacun suit son instinct; tout s'arrange aisément.
PICARD
Je ne sais, mon instinct me dit que ces affaires Ne s'arrangeront pas ainsi que tu l'espères.
LISETTE
Pourquoi? pour en douter quelles raisons as-tu?
PICARD
Je n'ai point de raisons, moi; j'ai des yeux, j'ai vu Que, lorsqu'on veut aux gens assurer quelque chose, On se trompe toujours; je n'en sais point la cause: J'ai vu tant de messieurs qui pour tes doux appas Disaient qu'ils reviendraient, et ne revenaient pas !
LISETTE
Quoi! maroufle, insolent!
PICARD
A ton tour, ma mignonne, Jamais, en promettant, n'as-tu trompé personne?
LISETTE
Hem!
PICARD
Ne te fâche point. Allons, rendons bien net