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LE DEPOSITAIRE. ACTE IV, SCÈNE II

LE JEUNE GOURVILLE, ù part, « 50» frère. Mon frère, je vous prie, Gardons-nous de heurter ses préjugés de front.

GOURVILLE l'aÎXÉ.

Non, je n'y puis tenir ; tout ceci me confond. LE JEUNE GOURVILLE, prenant madame Agnant ù. part. Madame, vous savez combien je suis sincère.

M. AGNANT.

Il n'est point frelaté.

Je ne saurais vous taire Que depuis quelque temps mon cher frère en effet Eut avec votre fille un commerce secret.

GOURVILLE L'AÎNÉ

Ça n'est pas vrai.

LE JEUNE GOURVILLE, à son frère.

Paix donc; c'est un commerce honnête, Pur, moral, instructif, pour bien régler sa tête, Pour éloigner son cœur d'un monde décevant, Et pour la disposer à se mettre en couvent.

M. AGNANT.

Mettre en couvent ma fille! oh, le plaisant visage!

MADAME AGNANT.

C'est un impertinent.

GOURVILLE L'AÎNÉ

Je vous dis...

LE JEUNE GOURVILLE, faisant signe ù son frère,

ChuU GOURVILLE LAINE.

J'enrage !

l'avocat placet.

Cette excuse louable est d'un cœur fraternel; Mais, monsieur, votre aîné n'est pas moins crimiïenez, monsieur, voilà ses missives infâmes [nel. Et ses instructions pour diriger les âmes.

(7/ tire des lettres de dessous sa robe.) LE JEUNE GOURVILLE, prenant les lettres. Prêtez-moi.

l'avocat placet.

Les voilà.

D'un esprit attentif J'en veux voir la teneur et le dispositif.

l'avocat placet.

Mais il faut me les rendre.

LE JEUXE GOURVILLE.

Oui, mais je dois vous dire

Qu'avant de vous les rendre il me faudra les lire.

(Il met les lettres dans sa poche; madame Agnant se jette

dessus et en prend une.)

GOURVILLE L'AÎNÉ

Allez, ces lettres sont d'un faussaire.

MADAME AGNANT, Cl Gourville l'aîné.

Fripon, Nieras-tu tes écrits? Tiens, voici tout du long Tes beaux enseignements dont ma fille se coiffe ; Les voici.

l'avocat placet.

Nous devons les déposer au greffe.

MADAME AGNANT, prenant des lunettes.

Écoute... La vertu que je veux vous montrer Doit plaire à votre cœur, l'échauffer, l'éclairer. Votre vertu m'enchante, et la mienne me guide... Ah ! je te donnerai de la vertu, perfide!

GOURVILLE LAÎXÉ.

Je n'ai jamais écrit ces sottises.

LE JEUNE GOURVILLE, versant à boire ù M. Agnant.

Voisin !

M. AGNANT.

De la vertu!

LE JEUXE GOURVILLE.

Voyons celle de ce bon vin.

(A madame Agnant.) Madame, goûtez-en.

MADAME AGNANT, ayant bu.

Peste! il est admirable!

LE JEUNE GOURVILLE, ù M. Agnant.

Vous en aurez ce soir, mon cher, sur votre table; On vous porte un quartaut dont vous serez content,

M. AGNANT,

Non, je n'ai jamais vu de plus honnête enfant.

LE JEUNE GOURVILLE, à Vavocal Placet, Et vous?

l'avocat placet boit un coup.

Il est fort bon; mais vous ne pouvez croire Qu'en l'état où je suis je vienne ici pour boire.

LE JElTi\'E GOURVILLE en présente ù son frère. Vous, mon frère?

GOURVILLE L'AÎNÉ

Ah! cessez vos ébats ennuyeux :

Plus vous paraissez gai, plus je suis sérieux; Après tant d-e chagrins et de tracasserie, C'est une cruauté que la plaisanterie; Dans ce jour de malheur tout le quartier, je croi, S'était donné le mot pour se moquer de moi.

(A madame Agnant.) Ma voisine, à la fin, vous voilà bien instruite Que si votre Sophie est par malheur en fuite, Ce n'était pas pour moi qu'elle a fait ce beau tour; Ni vos yeux ni les siens ne m'ont donné d'amour.

MADAME AGNANT.

Mes yeux, méchant!

GOURVILLE i/aÎNÉ.

Vos yeux. C'est une calomnie, L n mensonge effroyable inventé par l'envie. Vous en rapportez-vous au bon monsieur Garant? Nous l'attendons ici de moment en moment : 11 connaît assez bien quelle est mon écriture, Et dans sa poche même il a ma signature; Il a jusqu'à la clef de mon appartement, Où lui-même a laissé tout mon argent comptant : 11 me rendra justice.

madame agxaxt.

Oh! c'est un honnête homme.

l'avocat placet.

Un grand homme de bien.

LE JEUNE GOURVILLE

Chacun ainsi le nomme.

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