LE DEPOSITAIRE, ACTE IV, SCÈNE III
MADAME AGNANT.
Un homme franc, tout rond.
M. AGNANT.
L'oracle du quartier.
Madame, entre nous tous, je veux vous confier Quelle est à ce sujet ma pensée.
M. AGNANT, en buvant et le regardant ensuite fixement.
Oui, confie.
LE JEUNE GOURVILLE
Je crois que c'est chez lui que la belle Sophie A couru se cacher pour fuir votre courroux, Et pour qu'il la remit en grâce auprès de vous : Dans toute la paroisse il prend soin des affaires, Très-charitablement, des filles et des mères.
MADAME AGNANT.
Vraiment, l'avis est bon.
LE JEUNE GOURVILLE
Mademoiselle Agnant A du cœur; elle pense, et n'est plus une entant; Vous l'avez souffletée, elle s'en est sentie Un peu trop vivement, et puis elle est partie. M. AGNANT, toujours assis et le verre à la main. C'est votre faute aussi, ma femme, et franchement Vous deviez avec elle agir moins durement : Vous avez la main prompte, et vous êtes la cause De tout notre malheur.
LE JEUNE GOURVILLE
Mon Dieu, c'est peu de chose.
Allez, tout ira bien... J'entends monsieur Garant; 11 revient; parlez-lui, mon frère, et promptenient '- Sur tous les marguilliers on sait votre influence; Déployez avec lui votre rare éloquence.
GOURVILLE L'AÎNÉ
Que lui dire?
Vous seul pouvez persuader.
GOURVILLE L'AÎNÉ
Persuader! et quoi?
/ LE JEUNE GOURVILLE
Tout va s'accommoder.
GOURVILLE L'AÎNÉ
Comment?
LE JEUNE GOURVILLE
Vous seul pouvez manier cette affaire, Vous seul rendrez Sophie à sa charmante mère.
GOURVILLE L'AÎNÉ
Moi?
MADAME AGNANT.
Va, si tu la rends, je te pardonne tout.
GOURVILLE L'AÎNÉ
Je n'entends rien...
LE JEUNE GOURVILLE
D'un mot vous en viendrez à bout.
GOURVILLE L'AÎNÉ
Allons donc.
(Il sort.)
Vous mettrez la paix dans le ménage.
M. AGNANT, montrant le jeune' Gourville. Ma femme, ce jeune homme est un esprit bien sage.