‹ Théâtre completChapitre 1457 sur 1720 · SCÈNE V · texte numérisé non relu

SCÈNE V

Les précédents; M. GARANT, après avoir salué la compagnie qui se range d'un côté, tandis que M. Garant et Ninon se mettent de Vautre; les domestiques derrière.

M. GARANT, serrant la main de Ninon.

La raison, l'intérêt, le bonheur vous attend. Voici notre acte en forme et dressé congrùment, Avec mesure et poids, d'une manière sage, Selon toutes les lois, la coutume et l'usage.

[A madame Agnant.) (A M. Agnant.) Madame, permettez... Un moment, mon voisin.

NINON

De mon côté je tiens un charmant parchemin.

Le ciel le bénira; mais, avant d'y souscrire,

A l'écart, s'il vous plaît, mettons-nous pour le lire.

NINON

Non, mon cœur est si plein de tous vos tendres soins, Que je n'en puis avoir ici trop de témoins; Et même j'ai mandé des amis, gens d'élite, Qui publieront mon choix et tout votre mérite. Nous souperons ensemble; ils seront enchantés De votre prud'homie et de vos loyautés. Sans doute ce contrat porte en gros caractères Les deux cent mille francs qui sont pour les deux m. garant. [frères?

J'ignore ce qu'on peut leur devoir en effet, Et cela n'entre point dans l'état mis au net Des stipulations entre nous énoncées.

Ce sont, vous le savez, des affaires passées; Et nous étions d'accord qu'on n'en parlerait plus.

m. agnant.

Comment ?

madame agnant.

A tout moment cent mille francs perdus! Ma fille aussi ! sortons de ce franc coupe-gorge,

[Montrant le jeune Gourville.) Où chacun me trompait, où ce traître m'égorge.

[A Gourville Vaine.) Et c'est vous, grand nigaud, dont les séductions M'ont valu mes chagrins,m'ont causé tant d'affronts :

Ma fille paiera cher son énorme sottise.

gourville l'aîné.

Vous vous trompez.

LISETTE

Voici le moment de la crise. LE JEUNE GOURVILLE, arrêtant M. et madame Agnant, et les ramenant tous deux par la main. Mon Dieu, ne sortez point; restez, mon cher Agnant : Quoi qu'il puisse arriver, tout finira gaiement. NINON, à M. Garant dans un coin du théâtre, tandis que le reste des personnages est de Vautre. Il faut les adoucir par de bonnes paroles.

M. GARANT

Oui, qui ne disent rien... là... des raisons frivoles^ Qu'on croit valoir beaucoup.

NINON

Laissez-moi m'expliquer, Et, si dans mes propos un mot peut vous choquer, N'en faites pas semblant.

M. GARANT

Ah! vraiment, je n'ai garde.

MADAME AGNANT, à M. Agnant.

Que disent-ils de nous ?

NINON, à M. Garant.

Et si je me hasarde De vous interroger, alors vous répondrez. Madame, et vous, Gourville, enfin vous apprendrez Quels sont mes sentiments et quelles sont mes vues.

MADAME AGNANT.

Ma foi, jusqu'à présent elles sont peu connues.

NINON, à madame Agnant.

Vous voulez votre fille et de l'argent comptant?

MADAME AGNANT.

Oui, mais rien ne nous vient.

Il faut premièrement Vous mettre tous au fait... Feu monsieur de Gour- Me confia ses fils, et je leur fus utile : [ville

Il ne put leur laisser rien par son testament; Vous en savez la cause.

MADAME AGNANT.

Oui.

NINON

Mais, par supplément, Il voulut faire choix d'un fameux personnage, Justement honoré dans tout le voisinage, Et bien recommandé par des gens vertueux Et ses amis secrets, tous bien d'accord entre eux4, Et cet homme de bien nommé son légataire, Cet homme honnête et franc, c'est monsieur. M. GARANT, faisant la révérence à la compagnie.

C'est me faire Mille fois trop d'honneur.

NINON

C'est à lui qu'on légua Les deux cent mille francs qu'en hâte il s'appliqua. Des esprits prévenus eurent la fausse idée Qu'une somme si forte et par lui possédée N'était rien qu'un dépôt qu'entre ses mains il lient

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