LE CHEVALIER DU HASARD, NUIT-BLANCHE
LE CHEVALIER
Nuit-Blanche!
NUIT-BLANCHE
Monsieur?
LE CHEVALIER
N'est-ce point ici la maison?
NUIT-BLANCHE
Je crois que nous y voici. Nous sommes près du jardin du président Bodin : n'est-ce pas cela que vous cherchez?
LE CHEVALIER
Oui, c'est cela môme; mais il faut bien autre chose. {Ils s'introduisent dans le jardin.) Elle ne paraît point encore.
NUIT-BLANCHE
Qui?
Elle.
Qui, elle?
NUIT-BLANCHE
LE CHEVALIER
Cette fille charmante.
NUIT BLANCHE
Quoi ! monsieur, la fille du président Bodin vous aurait déjà donné rendez-vous?
LE CHEVALIER
Je vous trouve bien impertinent avec votre déjà : il y a un mois entier que je l'aime et qu'elle le sait; il y a par conséquent bientôt un mois qu'elle aurait dû m'accorder cette petite faveur. Mais que veux-tu? les filles s'enflamment aisément et se rendent difficilement : si c'était une dame un peu accoutumée au monde, nous nous serions peutêtre déjà quittés.
NUIT-BLANCHE
Eh! de grâce, monsieur, où avez-vous déjà fait connaissance avec cette demoiselle dont le cœur est si aisé, et l'accès si difficile?
LE CHEVALIER
Où je l'ai vue? Partout, à l'Opéra, au concert, à la comédie ; enfin en tous les lieux où les femmes vont pour être lorgnées, et les hommes perdre leur temps. J'ai gagné sa suivante de la façon dont on vient à bout de tout, avec de l'argent : c'était à elle que tu portais toutes mes lettres, sans la connaître. Enfin, après bien des prières et des refus, elle consent à me parler ce soir. Les fenêtres de sa chambre donnent sur le jardin. On ouvre, avançons.
FANCHON, à la fenêtre; LE CHEVALIER, au-dessous.
FANCHON
Est-ce vous, monsieur le chevalier?
LE CHEVALIER
Oui, c'est moi, mademoiselle, qui fais, comme vous voyez, l'amour à l'espagnole, et qui serais