‹ Théâtre completChapitre 147 sur 1720 · ERIPHYLE, ACTE II, SCENE V · texte numérisé non relu

ERIPHYLE, ACTE II, SCENE V

II m'en a trop coûté : que ce poison funeste De mes jours languissants ne trouble point le reste! Zélonide, sans lui, sans ses coupables feux, Mon sort dans l'innocence eût coulé trop heureux! Mes malheurs ont été le prix de mes tendresses. Ah ! barbare ! est-ce à toi d'éprouver des faiblesse? Déchiré des remords qui viennent m'alarmer, Ce cœur plein d'amertume est-il fait pour aimer?

ZÉLONIDE.

Eh! qui peut à l'amour nous rendre inaccessibles? Les cœurs des malheureux n'en sont que plus

[sensibles.

L'adversité rend faible, et peut-être aujourd'hui... ériphyle. [lui;

Non, ce n'est point l'amour qui m'entraîne vers Non, un Dieu plus puissant me contraint à me rendre. L'amour est-il si pur? l'amour est-il si tendre? Je l'ai connu cruel, injuste, plein d'horreur, Entraînant après lui le meurtre et la fureur. Irais-je encor brûler d'une ardeur insensée? Mais, hélas ! puis-je lire au fond de ma pensée? Ces nom eaux sentiments qui m'ont su captiver, Dont je nourris le germe, et que j'ose approuver, Peut-être ils n'ont pour moi qu'une douceur trom-

[peusc, Peut-être ils me feraient coupable et malheureuse.

ZhXONIDE.

Dans une heure au plus tard on attend votre choix. Qu'avez-vous résolu?

ÉRIPHYLE

D'être juste une fois.

ZÉLONIDE,

Si vous vous abaissez jusqu'au fds de Théandre, D'Amphiaraûs encor c'est outrager la cendre.

ÉRIPHYLE

Cendres de mon époux, mânes d'Amphiaraûs, Mânes ensanglantés, ne me poursuivez plus ! Sur tous mes sentiments le repentir l'emporte : L'équité dans mon cœur est enfin la plus forte. Je suis mère, et je sens que mon malheureux fds Joint sa voix à la vôtre et sa plainte à vos cris. .Nature, dans mon cœur si longtemps combattue, Sentiments partagés d'une mère éperdue, Tendre ressouvenir, amour de mon devoir, Reprenez sur mon àme un absolu pouvoir. Moi régner! moi bannir l'héritier véritable ! Ce sceptre ensanglanté pèse à ma main coupable. Réparons tout : allons; et vous, dieux dont je sors, Pardonnez des forfaits moindres que mes remords. (A sa suite.) [mogide !

Qu'on cherche Polémon. Ciel ! que vois-je? Her-

Je vois que votre cœur sait peu dissimuler; Mais les moments sont chers et je dois vous parler. Souffrez de mon respect un conseil salutaire; Votre destin dépend du choix qu'il vous faut faire. Je ne viens point ici rappeler des serments Dictés par votre père, effacés par le temps; Mon cœur, ainsi que vous, doit oublier, madame, Les jours infortunés d'une inutile flamme; Et je rougirais trop, et pour vous et pour moi, Si c'était à l'amour à nous donner un roi. Un sentiment plus digne et de l'un et de l'autre Doit gouverner mon sort et commander au vôtre. Vos aïeux et les miens, les dieux dont nous sortons, Cet État périssant si nous nous divisons, Le sang qui nous a joints, l'intérêt qui nous lie, Nos ennemis communs, l'amour de la patrie, Votre pouvoir, le mien, tous deux à redouter, Ce sont là les conseils qu'il vous faut écouter. Bannissez pour jamais un souvenir funeste; Le présent nous appelle, oublions tout le reste. Le passé n'est plus rien: maîtres de l'avenir, Le grand art de régner doit seul nous réunir. Les plaintes, les regrets, les vœux sont inutiles : C'est par la fermeté qu'on rend les dieux faciles. Ce fantôme odieux qui vous trouble en ce jour, Qui naquit de la crainte et l'enfante à son tour, Doit-il nous alarmer par tous ses vains prestiges ? Pour qui ne les craint point il n'est point de prodiges:

Ils sont l'appât grossier des peuples ignorants, L'invention du fourbe et le mépris des grands. Pensez en roi, madame, et laissez au vulgaire Des superstitions le joug imaginaire.

ÉRIPHYLE

Quoi ! vous...

HERMOGIDE.

Encore un mot, madame, et je me tais.

Le seul bien de l'État doit remplir vos souhaits : Vous n'avez plus les noms et d'épouse et de mère; Le ciel vous honora d'un plus grand caractère, Vous régnez ; mais songez qu'Argos demande un Vous avez à choisir, vos ennemis, ou moi : [roi. Moi né près de ce trône, et dont la main sanglante A soutenu quinze ans sa grandeur chancelante; Moi, dis-je, ou l'unjdes rois, sans force et sans appui, Que mon lieutenant seul a vaincus aujourd'hui. Je me connais; je sais que, blanchi sous les armes,

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