LES ORIGINAUX, ACTE II, SCÈNE IX
Vous avez épousé l'aînée Catau, et je viens exprès pour épouser la cadetlc Fanchon, et être votre beau-frère. Le président reviendra-t-il bientôt?
Vous! mon beau-frère!
M. DU CAP-VERT
Par la sancable! oui, votre beau-frère, puisque j'épouse votre belle-sœur.
LE COMTE
Vous pouvez épouser Fanchon tant qu'il vous plaira ; mais vous ne serez point mon beau-frère : je vous avertis que je ne signe point au contrat de mariage.
M. DU CAP-VERT
Parbleu! que vous signiez ou que vous ne signiez pas, qu'est-ce que cela me fait? ce n'est pas vous que j'épouse, et je n'ai que faire de votre signature. Mais est-ce que le président tardera encore longtemps à venir? cet homme-là est bien mauvais voilier.
LE COMTE
Je vous conseille, monsieur du Cap-Vert, de l'aller attendre ailleurs.
M. DU CAP -VERT
Comment! est-ce que ce n'est pas ici sa maison?
LE COMTE
Oui, mais c'est ici mon appartement.
M. DU CAP-VERT
Eh bien! je le verrai ici.
LE COMTE, à part.
Le traître!... [A M. du Cap-Vert.) J'attends du monde à qui j'ai donné rendez-vous.
M. DU CAP-VERT
Je ne vous empêche pas de l'attendre.
LE COMTE, à part.
Le bourreau!... (A M. du Cap-Vert.) C'est une dame de qualité.
M. DU CAP-VERT
De qualité ou non, que m'importe?
LE COMTE, à part.
Je voudrais que ce monstre marin-là fût à cinq cents brasses avant dans la mer.
M. DU CAP-VERT
Que dites-vous là de la mer, beau garçon?
LE COMTE
Je dis qu'elle me fait soulever le cœur. Eh ! voilà, pour m'achever de peindre, le président et la présidente : je n'y puis plus tenir, je quitte la partie, je vais me réfugier ailleurs.