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LES ORIGINAUX, ACTE III, SCÈNE III

Ne songeons point à ces bagatelles, ma belle enfant. Quand voulez-vous me faire voir cette généreuse inconnue,, cette beauté, cette divinité qu,i se transforme en pluie d'or pour m'obtenir?

l'ANCHON.

Vous ne pourrez la voir que ce soir, sur le tard : mais je viens vous consoler.

LE COMTE

Mon aimable enfant, rien n'est si consolant que votre vue; et le diable m'emporte! il me prend fantaisie de vous payer ce que je dois à cette aimable personne.

FANCHON

Je ne suis point intéressée, et ne vais point sur le marché des autres. Réservez toutes vos bontés pour elle; elle les mérite mieux que moi : c'est le visage du monde le plus aimable, la taille la plus belle, des airs charmants.

LE COMTE

Ah ! ma chère Fanchon !

FANCHON

Un ton de voix tendre et touchant, un esprit juste, fin,, doux, le cœur le plus noble : hélas ! vous vous en apercevrez assez. Si vous vouliez être honnête homme au lieu d'être petit-maître, vous conduire en homme sage au lieu de vous ruiner en grand seigneur, elle vous adorera toute sa vie,

LE COMTE

Ma chère Fanchon!

Soyez sûr qu'elle ne vivra que pour vous, et que son amour ne sera point incommode; qu'elle chérira votre personne, votre honneur, votre famille, comme sa personne, son honneur, sa famille propre; que vous goûterez ensemble un bonheur dont vous n'avez point d'idée.... ni moi non plus.

LE COMTE

Ma chère Fanchon, vous m'éblouissez, vous me ravissez ! je suis en extase, je meurs déjà d'amour pour elle. Ah! pourquoi faut-il que j'attende encore une heure à la voir?

FANCHON

Vous voilà ému de tout ce que je viens de dire; vous le seriez bien davantage si.... Enfin, que diriez-vous si je vous donnais de sa part cinquante mille livres en diamants?

LE COMTE

Ce que je dirais?.... je dirais que cela est impossible; je ferais imprimer ce conte à la fin des Mille et une Nuits.

FANCHON

Cela n'est point impossible : les voilà.

LE COMTE

Juste ciel! est-ce un miracle? est-ce un songe?... j'avoue que j'ai cru jusqu'ici avoir quelque petit mérite; mais je ne pensais pas en avoir à ce point-là.

FANCHON

Écoutez bien : ce n'est pas parce que vous avez du mérite que l'on vous traite ainsi; mais c'est afin que vous en ayez, si vous pouvez. Ah çà! je vous ai parlé assez longtemps de vos affaires; venons aux miennes : je vous rends, je crois, un assez joli service ; il faut me récompenser.

LE COMTE

Parlez : le service est si récent, qu'il n'y a pas moyen que je sois ingrat.

FANCHON

Mon père a chaussé dans sa tête de me faire madame du Cap-Vert : on dresse actuellement le contrat, c'est-à-dire mon arrêt de mort. Jugez de l'état où je suis, puisque j'ai perdu toute ma gaieté; cependant je suis si bonne, que j'ai pensé à vos affaires avant que de régler les miennes. Le moment fatal arrive, la tête commence à me tourner; je ne sais plus que devenir.

LE COMTE, d'un air important.

Eh bien! que voulez-vous que je fasse?

FANCHON

Je n'en sais rien; mais que je ne sois pas madame du Cap-Vert.

LE COMTE

Ma fille, il faudra voir cette affaire-là. On lavera la tête au président. Je lui parlerai, je lui parlerai, et du bon ton : oui, fiez-vous à moi. Mais quand viendra la fée aux diamants et à l'argent comptant?

FANCHON

Elle a plus d'envie de vous voir que vous n'en avez de la remercier : elle viendra bientôt, je vous jure. Vous savez que l'on court après son argent; mais ceux qui l'ont reçu sont d'ordinaire fort tranquilles. Adieu; je vais chercher une femme qui vous aime : servez-moi seulement contre un homme que je n'aime point.

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