‹ Théâtre completChapitre 1496 sur 1720 · SCÈNE IX · texte numérisé non relu

SCÈNE IX

LE COMTE, LA COMTESSE dans l'obscurité,

LE COMTE

Quoi! généreuse inconnue, vous m'accablez de bienfaits, vous daignez joindre à tant de bontés celle de venir jusque dans mon appartement, et vous m'enviez le bonheur de votre vue, qui est pour moi d'un prix mille fois au-dessus de vos diamants !

LA COMTESSE

Je crains que, si vous me voyiez, votre reconnaissance diminue: je voudrais être sûre de votre amour avant que vous puissiez lire le mien dans mes yeux.

LE COMTE

Doutez-vous que je ne vous adore, et qu'en vous voyant je ne vous en aime davantage?

LA COMTESSE

Hélas! oui; c'est ce dont je doute, et c'est ce qui fait mon malheur.

LE COMTE, se jetant à ses pieds.

Je jure, par ces mains adorables, que j'aurai pour vous la passion la plus tendre.

LA COMTESSE

Je vous avoue que je n'ai jamais rien désiré que d'être aimée de vous; et si vous me connaissiez bien, vous avoueriez peut-être que je le mérite, malgré ce que je suis.

LE COMTE

Hélas ! ne pourrai-je du moins connaître celle qui m'honore de tant de bontés?

LA COMTESSE

Je suis la plus malheureuse femme du monde : je suis mariée, et c'est ce qui fait le chagrin de ma vie. J'ai un mari qui n'a jamais daigné me rc-

Page 1