LE COMTE DE BOURSOUFLE, ACTE I, SCENE II
attendre ici de ses bontés ce que je devrais ne
tenir que de la nature. Demander quelque chose à son frère aîné, c'est là le comble des disgrâces.
PASQUIN
Vous parlez comme un philosophe qui n'a pas diné. Je ne connais pas M. le comte, mais il me semble que je/viens de voir arriver ici M. Maraudin, votre ami et le sien.
LE CHEVALIER
Et celui du baron, et celui de tout le monde.
PASQUIN
Cet homme qui noue plus d'intrigues qu'il n'en peut débrouiller, qui fait des mariages et des divorces, qui prête, qui emprunte, qui donne, qui vole, qui fournit des maîtresses aux jeunes gens, des amants aux jeunes femmes, qui se rend redouté et nécessaire dans toutes les maisons, qui fait tout, qui est partout, il n'est pas encore pendu. Profitez du temps, parlez-lui; cet homme-là vous tirera d'affaire.
LE CHEVALIER
Non, non, Pasquin, ce gens-là ne sont bons que pour les riches ; ce sont les parasites de la société. Ils servent ceux dont ils ont besoin et non pas ceux qui ont besoin d'eux, et leurs vices ne sont utiles qu'à eux-mêmes.
PASQUIN
Pardonnez-moi, pardonnez-moi, les fripons sont assez serviables. M. Maraudin se mêlerait peutêtre de vos affaires pour avoir le plaisir de s'en mêler : un fripon aime à la fin l'intrigue pour l'intrigue elle-même. Il est actif, vigilant ; il rend service vivement avec un très-mauvais cœur, tandis que les honnêtes gens, avec le meilleur cœur du monde, vous plaignent avec indolence, vous laissent dans la misère et vous ferment la porte au nez.
LE CHEVALIER
Hélas! je ne connais guère que de ces honnêtes gens-là, et j'ai grand'peur que monsieur mon frère ne soit un très-honnête homme.
PASQUIN
Voilà M. Maraudin, qui n'a pas tant de probité peut-être, mais qui pourra vous être utile.